L’opium est une préparation psychotrope obtenue à partir du latex du pavot somnifère. Ses effets provoquent notamment une somnolence chez le consommateur.
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Les Sumériens connaissaient déjà les effets de l'opium comme en témoignent des tablettes gravées datant de 3000 ans avant J.C. et des vestiges du néolithique suggèrent déjà des cultures de pavot somnifère à proximité des villages.[1]
L'image de la capsule du pavot, un enthéogène, fut un attribut des dieux, bien avant que l'opium soit extrait de son latex laiteux. À la galerie des reliefs assyriens au Metropolitan Museum de New York, une divinité ailée d'un palais d'Assurnazirpal II à Nimrud, datée de -879, porte un bouquet de capsules de pavot (prudemment décrites par le musée comme des grenades).
L'opium a été un objet de commerce pendant des siècles pour ses effets sédatifs. Il était bien connu dans la Grèce antique sous le nom d'opion (« jus de pavot ») duquel le nom latinisé actuel est dérivé et déjà à l'époque les médecins mettaient en garde contre les abus potentiels.[1]
Le pavot est introduit en Inde dès le IXe siècle par l'invasion des Arabes et des Perses islamisés et sous le règne des Moghols (1527 à 1707) le commerce d'opium est un monopole d'État.[1]
Son usage se poursuit au Moyen Âge via diverses préparations médicamenteuses dont le laudanum (connu comme « teinture d'opium »), une solution d'opium en alcool à partir du XVIIIe siècle.[1]
Dès le XVIIIe siècle la Chine fait état de phénomène de consommation abusive et en 1729, l'empereur de Chine interdit - sans résultat - les importations d'opium notamment pour ces raisons.
Au XIXe siècle, le trafic d'opium de la Chine depuis l'Inde, particulièrement par les Britanniques est à l'origine des guerres de l'opium. Suite à la Première guerre de l'opium les Britanniques obtiennent la concession exclusive du port de Hong Kong, entamant ainsi ce que les Chinois nomment le « siècle de la honte » et c'est suite à la Seconde guerre de l'opium que l'importation d'opium est de nouveau légalisée en Chine ce qui indignera les ligues de tempérance américaines nourrissant l'esprit de la future politique de prohibition des drogues.[1]
L'opium est réglementé par la Convention internationale de l'opium de 1912 qui est progressivement adaptée dans les réglementations nationales comme le loi de taxation des narcotiques Harrison de 1914 aux États-Unis.
La Convention Internationale de l'Opium est révisée par la Convention unique sur les stupéfiants de 1961.
L'opium a des propriétés sédatives et analgésiques.[2]
Il contient deux groupes d'alcaloïdes à l'origine de ses propriétés : des phénanthrènes (incluant la morphine, la codéine, la thébaïne) et des benzylisoquinolines (incluant la papavérine) qui n'ont pas d'effet significatif sur le système nerveux central.
La morphine est de loin le principal alcaloïde présent dans l'opium, elle représente de 10[2] à 16% du total. Elle rejoint et active des récepteurs µ-opioïdes dans le cerveau, la moëlle épinière et le ventre.
Une consommation régulière, même pour peu de jours, mène à une tolérance et éventuellement à une dépendance physique, avec un syndrome de manque caractéristique et désagréable quand le dosage est brutalement réduit.
Il peut être utilisé dans la forme d'élixir parégorique pour traiter la diarrhée.
L'opium peut se consommer de manière mangé ou bu en décoction mais son usage le plus courant consiste à être fumé, souvent à l'aide d'une pipe (où la boule d'opium est préchauffée en étant piquée sur une aiguille), parfois mélangé avec du tabac.
Sa consommation induit un myosis, une baisse de l'amplitude respiratoire, une hypotension et peut provoquer des nausées ou des vomissements.
L'opium permet également la production légale de morphine. Il permet aussi la production illégale d'héroïne et les abus de drogue viennent davantage de ses dérivés que de l'opium proprement dit.
Il s'extrait de la capsule gonflée à son maximum mais non encore arrivée à pleine maturité du pavot somnifère (Papaver somniferum L. ou le synonyme paeoniflorum). Pour récolter l'opium, on incise le péricarpe des capsules mûrissantes après la chute des pétales avec un couteau à une ou plusieurs lames et de formes variées selon les régions du monde. L'incision exsude un latex blanc, laiteux, qui sèche en une résine brune. Enfin, pour récolter la résine séchée qui constitue l'opium brut, on racle les capsules à l’aide d’une large lame incurvée. Celle-ci doit rester humide afin que le latex ne s’y accumule pas à l'excès.
C'est de ce latex, une fois séché que l'on extrait la morphine qui sert de base à l'héroïne. L'héroïne se présente sous la forme d'une poudre blanche ou brune.
L'opium à fumer (également nommé chandoo) est différent de l'opium brut. Celui-ci nécessite une préparation minutieuse afin d'obtenir une substance syrupeuse, débarrassée des produits indésirables et dont l'arôme est ainsi rehaussé.[3] Durant toute la période de colonisation en Indochine Française, c'est l'état, par l'intermédiaire de la régie de l'opium, qui s'était assuré le monopole de la production (la fabrique s'appelait une "bouillerie") et de la vente de l'opium, en tirant de substantiels bénéfices qui constituaient une part importante du budget de la colonie.
L'opium brut, sous forme de boules, est tout d'abord coupé et débarrassé des couches intérieures et extérieures indésirables, celles-ci seront réutilisées pour d'autres opérations. Celui-ci est dissout dans de grandes bassines remplies d'eau, filtré, puis chauffé jusqu'à réduction du mélange à une constitution liquide. Il est nécessaire de remuer le mélange pour éviter que le produit ne brûle, risquant ainsi de dénaturer l'arôme du produit final.
Une fois la consistance désirée obtenue, on répartit dans la bassine le produit sur une épaisseur constante de quelques centimètres. La substance, à ce stade doit être à juste température, ni trop liquide, ni trop solide. La bassine est retournée au dessus d'un feu de cendres, soigneusement préparé pour une répartition égale de la chaleur. La manipulation suivante nécessite des ouvriers expérimentés car il s'agit de déterminer le bon moment et de retirer, grâce aux ongles ou une spatule, une "crêpe" de 2 ou 3mm d'épaisseur, qu'on déposera et qui sera, une fois refroidie, dure et cassante. On obtient ainsi plusieurs "crêpes" par bassine. Une partie importante des alcaloïdes et des résidus végétaux ont déjà été éliminés à ce stade grâce à la filtration et à la chaleur. L'opération précédente permet également une semi-torréfaction qui rehausse les arômes.
Les crêpes sont ensuite brisées et à nouveau dissoutes dans de grandes bassines remplies d'eau où elles sont laissées à macérer trois jours. Leur légèreté, qui leur permet de flotter, leur fait céder facilement à l’eau toutes les parties solubles. Dès la troisième journée, on décante puis filtre le liquide grâce à un procédé original. De petits cylindres de la moelle d’un Eriocaulon (ou d’un Scirpus), longs de vingt-cinq centimètres, sont liés ensemble en paquet par une extrémité, trempés dans l’eau, et plongés ensuite par le bout attaché, dans le liquide où surnagent les crêpes. Les bouts libres de cette moelle, étalés en nappe, retombent en dehors du vase sous forme de gros vermicelles. Cette moelle agit par capillarité comme un véritable siphon, qui vide en une demi-heure la bassine de plus en plus inclinée. Le liquide restant est concentré en le chauffant avec de la vapeur d'eau jusqu'à obtention d'un syrop noir et rougeatre. Cet extrait est alors battu avec des spatules ou de manière mécanique afin d'y incorporer de l'oxygène faisant ainsi gonfler la masse qui augmentera de volume, comme des œufs battus en neige. Cette opération donne de l'arôme au produit.
Le chandoo ainsi obtenu n'est théoriquement pas fumé immédiatement. Celui-ci doit fermenter pendant au minimum 3 ou 4 mois. En Indochine Française, lorsque l'état s'occupait de la régie d'Opium, celui-ci était conditionné dans des boites de laiton de 40,20,10 ou 5 grammes[3] Les boites étaient serties au chalumeaux, trempées dans un vernis de protection, puis entreposées au stock pour la période de fermentation. Comme le vin, le temps de fermentation développe les arômes, l'opium pouvait ainsi être laissé à fermenter plus longtemps.
L'opium ainsi obtenu, le chandoo, est de consistance sirupeuse. Celui-ci ne peut être fumé comme du tabac et la méthode (dite "méthode thébaïque extrême-orientale"[4]) nécessite une minutieuse préparation demandant de longues heures et des équipements spéciaux au fumeur qui souhaite s'y adonner.
Une aiguille en fer, de dimensions semblables à une aiguille à tricoter est trempée dans le récipient contenant le chandoo. On obtient ainsi une fine gouttelette qu'il faut débarrasser de son humidité en tenant l'aiguille, que l'on fait rouler entre ses doigts tout en donnant à la goutte une forme de boulette au dessus d'une lampe à pétrole. L'opération est répétée plusieurs fois jusqu'à obtention, par accumulation, d'une boulette de la taille d'un poids-chiche.
La boulette enfin obtenue est placée sur le fourreau de la pipe en prenant soin de laisser le trou de l'aiguille au centre pour permettre le tirage et le passage de l'air.
La boulette est enfin absorbée, tenue au dessus de la lampe. Celle-ci ne se consume pas en se carbonisant. L'opium ne doit pas être au contact direct de la flamme. C'est la chaleur qui vaporise l'opium autour de 200°, ce sont les vapeurs ainsi obtenues qui sont absorbées par le fumeur.
La morphine produite pour l'industrie pharmaceutique provient en partie des Indes où il existe des cultures licites destinée à cet usage.[1] Les opiacés pharmaceutiques (morphine, codéine, thébaïne) destinée à la consommation française sont cependant principalement produits à partir de pavots cultivées légalement sous licence en France en utilisant directement la paille de pavot sans passer par l'opium.[5]
Dans l'imaginaire collectif cette production est attachée au Triangle d'or (Birmanie, Laos, Thaïlande) et au croissant d'or (Afghanistan, Pakistan, Iran).
La production est aujourd'hui principalement localisée en Afghanistan. Après une forte baisse en 2001 en raison de l'interdiction de sa culture par les talibans, la production est revenue à la "normale".
En 1979, lors de l'invasion soviétique, l'Afghanistan ne produit qu'une centaines de tonnes d'opium mais dix ans de guerre provoquent une explosion de la production liée à deux facteurs: l'absence de contrôle du territoire par le gouvernement central qui laisse la voie libre aux contrebandiers et les bombardements qui réduisent les surfaces cultivées et poussent les paysans vers des cultures plus rapidement rentables.[6]
Quand les Soviétiques quittent le nord du pays en 1989, les réfugiés reviennent et dans leur besoin de ressources pour la reconstruction continuent la lucrative production d'opium. Entre 1992 et 1994, le chaos se développe dans le pays et des affrontements violents ont lieu pour contrôler la production d'opium.[6]
En 1994, les talibans commencent à prendre le contrôle du territoire et dans l'attente de ressources alternatives pour les paysans fournies par la communauté internationale, ils perçoivent une taxe sur la production d'opium qui reste relativement stable pour diminuer nettement en 2001 suite à l'interdiction de semence promulguée par Mollah Omar. Le gouvernement des Talibans est ensuite renversé militairement en 2001 par les États-Unis qui placent Hamid Karzaï à la tête du pays. Depuis la fin 2002, la production a de nouveau repris à la hausse.[6]
Selon l'UNODC, en 2006, 92 % de la production mondiale d'opium provenait d'Afghanistan et excède de 30 % la consommation. Selon les chiffres de 2004, la production d'opium était réalisée dans 32 provinces du pays et l'économie de l'opium représentait 2,8 milliards de dollars US, équivalant à 60% du PIB afghan (calculé sur l'économie légale seulement) et contribuant ainsi à un tiers de l'économie afghane.
Selon les experts de l'UNODC, 10,3 % de la population afghane est impliquée dans la culture du pavot.
En 2006, la production a augmenté de 49 % et les surfaces cultivées de 59 % (165 000 hectares de terres, contre 104 000 hectares en 2005) ce qui représente plus de la moitié des terres cultivables en Afghanistan. Le chiffre avancé pour l'année 2007 établit un nouveau pic avec 8400 tonnes d'opium produites.
| Année | 1995 | 1996 | 1997 | 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | 2004 | 2006 | 2007 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Nb tonnes | 2300 | 2200 | 2800 | 2700 | 4565 | 3300 | 200 | 3400 | 3600 | 4200 | 6100 | 8400 |
Sources : UNODC, Office des Nations unies contre la drogue et le crime[7],[8]
L'opium y est introduit par des minorités ethniques venues de Chine qui en font un usage traditionnel et dont la production reste réduite.[6]
En 1949, les forces nationalistes du Kuomintang (KMT), vaincues par les communistes chinois se refugient dans ce qu'il est courant d'appeler le triangle d'or et contrôlent dès 1954 la frontière avec la Chine et la Thaïlande obligeant les tribus locales à leur verser un impôt sous forme d'opium.[6]
Au début des années 1960, le KMT installe des raffineries de morphine-base et d'héroïne.[6]
Le gouvernement militaire de Birmanie tente de créer des milices d'autodéfense pour lutter contre le KMT ; ces milices sont un échec et dissoute en 1973 mais les armes distribuées lors de leur formation ne sont pas rendues et servent à installer les « Roi de l'opium » (Chan Shee-fu et Lo Hsing Han).[6]
À la fin des années 1960, c'est le Parti communiste birman qui s'empare du nord-est de la Birmanie grâce aux appuis de la Chine, le Parti communiste birman s'appuiera de plus en plus sur les revenus de l'opium à mesure que l'aide chinoise décline.[6]
Durant les années 1970 et la première moitié des années 1980, la production d'opium continue de se développer.[6]
Puis à partir de 1986, la situation économique se dégrade rapidement aboutissant en 1988 à des manifestations populaires sévèrement réprimés. Une nouvelle junte arrive au pouvoir (State Law and Order Restoration Council).[6]
En 1989, le Parti communiste birman subit des remous qui aboutissent à sa dissolution. La junte en place en profite pour négocier avec les groupes qui en sont issus afin qu'ils conservent leurs prérogatives territoriales, leurs armes et la liberté de circulation contre l'argent du trafic d'opium ; argent que la junte militaire réinvestit en armement pour se protéger des opposants.[6]
Chan Shee-fu contrôle la frontière avec la Thaïlande à la tête de la Mong Tai Army malgré une guerre - entretenue par la junte militaire - avec une faction rivale. Le 1er janvier 1996, il annonce pourtant sa reddition et démobilise ses troupes vraisemblablement suite à des accords secret avec le pouvoir en place, notamment la cession d'une partie de ses activités de transformation d'héroïne.[6]
En 1997, le State Law and Order Restoration Council devient le State Peace and Development Council sans changer la nature de son régime ou son implication dans le trafic d'opium et mène une politique largement favorable aux Wa, une ethnie ayant aidé la junte dans sa lutte contre Chan Shee-fu. Cette politique place Wei Shao Kang à la tête des Wa et leur réserve les meilleures terres via des transferts de populations. Sous l'impulsion de Wei Shao Kang, les Wa diversifient leur activité (méthamphétamine, MDMA) et la production d'opium baisse régulièrement depuis 1996.[6]
Depuis le début du XXe siècle, il y a beaucoup de règlements nationaux et internationaux encadrant la production et la distribution de substances narcotiques. L'utilisation pharmaceutique de l'opium et de ses dérivés est strictement contrôlée et tout autre emploi le plus souvent interdit depuis la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 qui remplaça la Convention Internationale de l'Opium de 1912.
Fumer de l'opium est souvent associé avec les communautés d'immigrants chinois autour du monde, avec leurs fumeries d'opium, caractéristiques célèbres de beaucoup de quartiers chinois.
Le népenthès de L'Odyssée dite drogue de l'oubli contenait sans doute de l'opium.[1]
| « L'Opium d'Edgar Poe est un opium imaginé. Imaginé avant, réimaginé après, jamais écrit pendant. » |
Dans son livre Critique de "La philosophie du droit" de Hegel, publié en 1844, le philosophe Karl Marx compare la religion à un opium du peuple.
Une fumerie d'opium se trouve à Shanghaï dans l'album de Tintin "Le Lotus Bleu".
Enfin, selon le chanteur et poète Renaud, "la bagnole, la télé et le tiercé, c'est l'opium du peuple de France, lui supprimer, c'est le tuer, c'est une drogue à acoutumance".