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Philippe VI de France

All you want to know about Philippe VI de France

Philippe VI
Roi de France
Phlippe VI de Valois

Règne
1er février 1328 - 22 août 1350
Sacre 29 mai 1328 en la cathédrale de Reims
Dynastie Valois
Titre complet Roi de France
Prédécesseur Charles IV
Successeur Jean II
Héritier Jean II

Biographie
Naissance 1293
Décès 22 août 1350
Nogent-le-Roi ou Coulombs,
Père Charles de Valois
Mère Marguerite d'Anjou (1273-1299)
Conjoint(s) Jeanne de Bourgogne
puis
Blanche de Navarre
Descendance
Avec Jeanne de Bourgogne
Jean II
Marie (1326-1333)
Louis (1328-id.)
Louis (1330)
Jean (1333-id.)
Philippe
Jeanne (1337-id.)
N... (1343-id.)
Avec Blanche de Navarre :
Jeanne
Résidence(s) Paris

Autres fonctions
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Rois de France

Philippe VI de France, dit Philippe de Valois ou le « roi trouvé[1] [2] » (1293-22 août 1350[3]), est roi de France de 1328 à 1350, premier de la branche dite de Valois de la dynastie capétienne.

Philippe VI monte sur le trône de France en 1328. Sa légitimité découle d'un choix politique, fait à la mort de Louis X le Hutin en 1316 puis à celle de Charles IV en 1328, afin d'éviter que la couronne n'échoie à un étranger. Édouard III, pourtant petit-fils de Philippe le Bel, est ainsi évincé au profit du neveu de ce dernier.

A son avènement il doit aussi négocier avec Jeanne de Navarre qui a été évincée de la couronne de France en 1316 pour motif qu'elle est une femme. Mais celle ci revendique de manière parfaitement légitime la couronne de Navarre et les comtés de Champagne et de Brie que Philippe le Bel tenait de son épouse. N'étant pas lui-même descendant et héritier des rois de Navarre, comme l'étaient ses prédécesseurs, Philippe VI restitue le royaume de Navarre à son héritière légitime, Jeanne II (1311-1349), fille de Louis X, mais refuse de céder la Champagne et la Brie redoutant d'être confronté à un parti trop puissant.

S'il accède à la tête de l'État le plus puissant d'Occident, il gouverne dans une période de crise qui conduit à la guerre de Cent Ans. Il manque de moyens financiers pour administrer son royaume, ce qui ne peut venir que par des impôts supplémentaires, lesquels ne sont tolérés qu'en période de guerre. Il doit asseoir au plus vite sa légitimité. Il le fait en restaurant l'autorité royale en Flandre en écrasant les rebelles Flamands lors de la bataille de Cassel le 23 août 1328.

Par une habile politique diplomatique et matrimoniale, il contribue à augmenter l'influence du royaume à l'est: il rachète le Dauphiné pour le compte de son petit fils, remarie son fils à une héritière potentielle de la Bourgogne et prend une option sur le comté de Provence.

En conflit larvé avec Edouard III, il finit par obtenir de celui ci l'hommage pour la Guyenne, mais leurs intrigues pour le contrôle des Flandres, l'alliance franco-écossaise et la nécessité de justifier l'impôt nécessaire au fonctionnement d'un état moderne conduisent inexorablement à la guerre de Cent Ans. Celle-ci commence de manière larvée, aucun des deux rois ne pouvant obtenir suffisamment de ressources fiscales pour mener à bien leur ambition. La guerre se mène par alliés interposés, hormis en Guyenne où les forces françaises assiègent Bordeaux mais doivent renoncer faute de vivres. De la même manière si la flotte française est en grande partie détruite à la bataille de l'Écluse en 1340, Édouard III ne peut concrétiser cette victoire sur terre et l'alliance germano-anglaise qu'il a organisée se disloque faute de pouvoir tenir ses promesses pécuniaires.

Après la mort du duc Jean III de Bretagne, en avril 1341, un conflit successoral oppose Jean de Montfort à Charles de Blois pour la succession de Bretagne. Phillipe VI arbitre en faveur de son neveu, Charles de Blois. Jean de Montfort s'allie aux Anglais, qui débarquent à Brest en 1342 et occupent l'est de la Bretagne, ce jusqu'en 1397.

Le véritable tournant du conflit à lieu en juin 1344, quand Edouard III obtient du parlement anglais des ressources fiscales importantes pour deux ans. Philippe ne peut répondre qu'en recourant à des mutations monétaires qui entrainent des dévaluations qui déstabilisent l'économie et sont très impopulaires. Fort de ses ressources financières, Edouard III est capable d'attaquer en force sur au moins deux fronts. Il regagne du terrain en Aquitaine et surtout inflige une défaite écrasante à Philippe à la bataille de Crécy en 1346. Ce dernier n'a plus les moyens d'empêcher le roi d'Angleterre de prendre Calais.

C'est complètement discrédité et en pleine épidémie de peste qu'il meurt en 1350.

Sommaire

[modifier] Le roi trouvé

Icône de détail Article détaillé : Succession de Charles IV le Bel.

Il est le fils aîné de Charles de Valois, le frère cadet du roi Philippe le Bel, et donc cousin des trois fils de ce dernier (Louis X, Philippe V et Charles IV), lesquels se succèdent sur le trône de France entre 1314 et 1328.

Pour comprendre l'accession Philippe VI au trône de France au détriment de Édouard III, il faut remonter en 1310. Cas inédit depuis Hugues Capet, Louis X meurt sans héritier mâle : l’héritier direct du royaume de France se trouve donc être Jeanne de Navarre , une fille mineure[4]. La décision qui est prise à ce moment est très importante, car elle devient coutume et sera à nouveau appliquée lorsque la question dynastique se posera en 1328. L’infidélité avérée de la reine Marguerite fait planer le risque qu'un prétendant au trône, pour légitimer sa révolte, ne prenne pour prétexte que la reine ne fut bâtarde[5]. Le puissant Philippe de Poitiers, chevalier aguerri et formé par son père au métier de roi, s'impose comme régent à la mort de de son frère Louis X le Hutin. A la mort de Jean le Postume il est considéré par les grands comme le plus apte à gouverner et se fait sacrer roi de France, consacrant l'éviction de Jeanne[4] : si le choix du monarque français se fonde sur l'hérédité et le sacre, l’élection peut reprendre ses droits en cas de problème.

Après le court règne de Philippe V, mort sans héritier mâle, c’est son plus jeune frère, Charles IV, qui, bénéficiant du précédent de son aîné, ceint à son tour la couronne. Mais son règne dure également peu de temps, et quand ce troisième et dernier fils de Philippe le Bel meurt sans descendant mâle en 1328, la question dynastique est la suivante : Jeanne de Navarre n'a pas encore de fils (Charles de Navarre ne naît que quatre ans plus tard), Isabelle de France, dernière fille de Philippe le Bel, a un fils, Édouard III, roi d’Angleterre. Peut-elle transmettre un droit qu’elle ne peut elle-même exercer selon la coutume fixée dix ans plus tôt ?

Édouard III pourrait être candidat, mais c’est Philippe VI de Valois qui est choisi[6]. Il est le fils de Charles de Valois , frère cadet de Philippe le Bel et descend donc par les mâles de la lignée capétienne. Il s’agit d’un choix géopolitique et une claire expression d'une conscience nationale naissante : le refus de voir un éventuel étranger épouser la reine et diriger le pays[7]. Les pairs de France refusent de donner la couronne à un roi étranger, suivant la même logique de politique nationale que dix ans auparavant[8]. La nouvelle ne surprends pas en Angleterre, seule Isabelle de France qui est fille de Philippe le Bel proteste de cette décision qui prive son fils de la couronne et envoie deux évêques à Paris mais ceux ci ne sont pas reçus. Le parlement anglais réuni en 1329, déclare d"ailleurs que Edouard n'a pas de droit à la couronne et doit prêter l'hommage pour l'Aquitaine[9]. De la même manière Jeanne de Navarre qui avait été évincée en 1316, le reste en 1328, son fils Charles qui est le descendant mâle le plus direct de Louis X ne nait qu'en 1332 et ne peut être candidat.

[modifier] Régence

Malgré ses mariages successifs, Charles est toujours sans héritier mâle lorsqu'il décède, à Vincennes, le 1er février 1328. Jeanne d'Évreux, sa veuve, étant enceinte, on attend avec impatience de savoir quel sera le sexe de l'enfant. Philippe de Valois est choisi comme régent et a donc de grandes chances de devenir roi s'il s'avère que c'est une fille. Il profite de la régence pour neutraliser ses éventuels rivaux les plus menaçants les Evreux-Navarre.

[modifier] Succession de Navarre, Brie et Champagne

Sacre de Philippe VI

À sa majorité, Jeanne aurait dû confirmer sa renonciation à la Navarre, à la Champagne et à la Brie. Philippe le Bel détenait ces terres de sa femme Jeanne Ie de Navarre et Jeanne se trouve être leur descendante et héritière directe (dans ce cas, le roi tenant ces terres par les femmes ne peut contester que leur transmission se fasse par les femmes). Jeanne est mariée à Philippe d'Évreux et peut compter sur le soutien inconditionnel des barons navarrais qui refusent que le royaume ne soit qu'une annexe gouvernée à distance par le roi de France. Philippe VI doit donc transiger : en avril 1328, le grand conseil laisse la Navarre à Jeanne, mais refuse de céder la Champagne et la Brie, car cela ferait des Navarrais des prétendants trop puissants. Une compensation est donc prévue, acceptée par les Évreux malgré son caractère réduit : ils obtiennent le comté de Mortain, une partie du Cotentin et, dans le Vexin, Pontoise, Beaumont-sur-Oise et Asnières-sur-Oise.

La reine Jeanne d'Évreux accouche d'une fille, Blanche, Philippe de Valois devient roi de France. Le dimanche 29 mai 1328, il est sacré à Reims par l’archevêque Guillaume de Trie. En tant que duc d'Aquitaine, Édouard III, pourtant pair de France, n’assiste pas à la cérémonie.

[modifier] Premiers temps du règne

[modifier] La bataille de Cassel

Icône de détail Article détaillé : Bataille de Cassel (1328).
Les insurgés surprennent l'infanterie française à son campement, mais Philippe VI regroupe la chevalerie.

Lors de la cérémonie du sacre de Philippe VI, où il est censé rendre hommage, le comte de Flandre, Louis de Nevers, en profite pour demander assistance au nouveau roi son suzerain car les tisserands et foulons révoltés contrôlent son comté. En effet, soucieux de contrebalancer la main mise de la royauté sur leur comté, les comtes de Flandre ont développé une coûteuse administration et pour ce faire ont augmenté la pression fiscale[10]. Or dans ce comté très industrialisé, les besoins alimentaires de la population dépassent les capacités agricoles et celles-ci sont régulièrement soumises à la disette. Bruges se révolte rejointe par Ypres, Cassel, Furnes et Dixmude contrairement à Gand sa rivale qui reste fidèle au comte et au roi[10]. Philippe y voit l'occasion de renforcer sa légitimité en restaurant l'ordre social bafoué sur le champ. Il convoque l'ost à Arras pour le mois de juillet 1328 et va prendre l'oriflamme à Saint-Denis. Gand attaque Bruges immobilisant pour la défense de la ville une bonne partie des forces de l'insurrection. Comptant forcer l'ennemi à le combattre en rase campagne et en terrain favorable à sa cavalerie, le roi fait conduire une chevauchée qui pille et ravage la Flandre occidentale. La rencontre se fait à Cassel le 23 août 1328. Les insurgés sont retranchés sur une butte haute de 127 mètres, le mont Cassel[11]. Le souvenir de la bataille de Courtrai, où en 1302 les piquiers Flamands ont mis en pièces la chevalerie Française, est toujours présent et l'époque est marquée par la prééminence de la défense sur l'attaque. Philippe VI en est parfaitement conscient et se garde bien de faire charger sa cavalerie bille en tête. Des tractations s'engagent sur le lieu et la date de la bataille, mais Philippe répond par le mépris aux propositions de son adversaire Nicolas Zannequin un petit propriétaire foncier. Sans considération pour cet adversaire de basse classe sociale, les chevaliers du roi délassent leurs armures et prennent leurs aises dans leur campement[11]. Les insurgés ne l'entendant pas de cette oreille attaquent à l'improviste, surprenant l'infanterie en pleine sieste et qui ne doit son salut que dans la fuite. Mais l'alerte est donnée et le roi et ses chevaliers se ressaisissent vite. Le roi en robe à fleur de lys et seulement coiffé d'un chapeau de cuir, regroupe sa chevalerie et lance la contre attaque dans le plus pur esprit chevaleresque payant de sa personne à le tête de ses troupes[11]. Son cri de ralliement: « qui m'aime me suive » est resté célèbre. Les insurgés sont rapidement cernés et débordés de toute part par la cavalerie. A bout portant les arcs sont peu efficients et c'est un carnage. L'armée royale incendie Cassel. Ypres et Bruges préfèrent se soumettre[12]. Louis de Nevers reprends le contrôle du comté et Philippe VI en retire tout le prestige d'un roi chevalier: il assoit ainsi pleinement son autorité sur le trône. Plus encore, en se posant comme le défenseur d'un de ses princes dont le pouvoir était contesté par ces temps de mutation: il devient le garant de l'ordre social féodal et obtient le soutient de ces puissants princes qui auraient pu contester sa légitimité et son autorité. L'éventuelle contestation de sa souveraineté sur la Guyenne par Édouard III devient difficile[12].

[modifier] Hommage d'Édouard III

hommage d'Édouard III en 1329

A l'avènement de Philippe VI, Isabelle de France adopte une position intransigeante vis à vis de l'hommage pour la Guyenne, répondant aux envoyés Français qu'Édouard « était le fils de roi et ne ferait pas hommage au fils d'un comte ». Le roi d'angleterre qui est pair ne se rend d'ailleurs pas au sacre et ne rend pas hommage. Mais, la victoire écrasante de Philippe VI à Cassel n'est pas pour rassurer les Anglais, qui n'ont pu opposer de défense crédible de la Guyenne lors de la confiscation par Charles IV en 1423. Édouard se soumet donc et rend hommage le 6 Juin 1329 à la cathédrale d'Amiens. Mais la cérémonie se passe mal: il refuse de joindre les mains devant Philippe, ce qui signifie qu'il rend l'hommage simple et non l'hommage lige (il reconnait Philippe comme son seigneur et non comme son suzerain suprême). Son porte parole l'2vèque de Lincoln, fait un discours de protestation présentant la liste des arguments juridiques contre l'hommage lige[13].

Philippe donne à Édouard jusqu'au 30 juillet 1330 pour revenir lui prêter l'hommage lige en bonne et due forme: les anglais réclament que les territoires saisis pendant la guerre de Saint-Sardos leur soient rendus. Philippe refuse catégoriquement et fixe une nouvelle date butoir: le 15 décembre 1330. Devant un nouveau refus, le roi de France charge son frère Charles d'Alençon de s'emparer de Sainte qui est pillée. Mais Édouard renverse Mortimer et prend en main les affaires. Il envoie une ambassade à Philippe en février 1331 et fait amende honorable demandant à ce que son hommage puisse être considéré comme un hommage lige. Philippe se montre conciliant et accepte la proposition, il retire son armée de Saintes et promet une indemnisation pour le sac de la ville[14].

[modifier] Disgrâce de Robert d'Artois

[modifier] Politique d'expansion à l'est

Royaume de France en 1328      Possessions de Charles de Navarre      États pontificaux      Territoires contrôlés par Édouard III      Zone d'influence économique Anglaise      Zone d'influence culturelle Française

Depuis Saint Louis, la modernisation du système juridique attire dans la sphère culturelle française de nombreuses régions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du Dauphiné ou du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) recourent depuis Saint Louis à la justice royale pour régler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de Mâcon, qui intervient à Lyon pour régler des différends, comme le sénéchal de Beaucaire intervient à Vivier ou à Valence[15]. Ainsi, la cour de Philippe VI est largement cosmopolite : beaucoup de seigneurs tels le connétable de Brienne ont des possessions à cheval sur plusieurs royaumes. Les rois de France élargissent l'influence culturelle du royaume en attirant à leur cour la noblesse de ces régions en lui allouant des rentes et en se livrant à une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prêtent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions. Jean de Luxembourg, dit l'Aveugle, roi de Bohême, est un habitué de la cour de France tout comme son fils Venceslas, le futur empereur Charles IV[16].

En 1330, le conflit entre le pape Jean XXII et l'empereur Louis IV tourne à l'avantage du premier. Louis IV, excommunié, tente de nommer un antipape mais, se retrouvant discrédité, est obligé de quitter l'Italie où il n'a plus de soutien. Le roi de France y voit l'occasion d'étendre son royaume à l'est, et de prendre plus particulièrement le contrôle de l'axe Rhodanien car il est l'une des principales voies de commerce entre l'Europe du nord et la Méditerranée. Ainsi, le Dauphiné, la Provence ou le comté de Bourgogne sont fortement convoitées par les rois de France.

[modifier] Mariage de Jean le Bon

Icône de détail Articles détaillés : Louis IV du Saint-Empire et Jean XXII.

L'accession au trône de Philippe VI s'étant faite au détriment d'Édouard III, pourtant petit-fils de Philippe le Bel, Le nouveau roi doit donc impérativement asseoir la légitimité de sa dynastie. À son avènement, au printemps 1328, Jean le bon, alors âgé de neuf ans, est son seul fils vivant. En 1332, naît Charles de Navarre, prétendant plus direct qu'Édouard III à la couronne de France. Philippe VI décide donc de marier rapidement son fils - alors âgé de treize ans - pour nouer l'alliance matrimoniale la plus prestigieuse possible et de lui confier un apanage (la Normandie). Il envisage un temps de l'unir à Aliénor sœur du roi d'Angleterre.

Mais, c'est à l'est que Philippe VI trouve une alliance matrimoniale prestigieuse. Jean de Luxembourg est le fils de l'empereur Henri VII, mais il a été évincé de l'élection impériale en raison de son jeune age. Avide de projets grandioses, il est particulièrement dispendieux et chroniquement endetté. Il cadre parfaitement avec les projets d'expansion vers l'Est du royaume de France au dépend du Saint-Empire, lequel est au plus bas de sa puissance politique, et tout est fait de la part du monarque français pour le fidéliser: il est pensionné à la cours de France qu'il fréquente assidument[16]. Le conflit entre le Saint-Empire et la papauté d'Avignon vient de tourner à l'avantage du pape Jean XXII et donne l'occasion à Philippe VI et Jean de Bohème de sceller leur alliance de manière bénéfique pour les deux parties. Le départ forcé de l'empereur Louis IV d'Italie permet au roi de Bohème Jean de Luxembourg de mettre la main sur plusieurs villes italiennes ce qui le met en position forte pour régner sur un royaume guelfe en Italie du Nord subordonné à l'autorité pontificale équivalent au royaume de Naples pour l'Italie du Sud. Celà permettrait aussi de limiter les possibilités pour Robert d'Anjou, roi de Naples, de soumettre la papauté à un véritable protectorat[17]. Pour se faire le roi de Bohème à besoin du soutien diplomatique du plus puissant souverain d'occident: le roi de France.

En janvier 1332, Philippe VI invite Jean de Luxembourg pour lui proposer un traité d'alliance qui serait cimenté par le mariage d'une des filles du roi de Bohême avec son fils Jean. Le roi de Bohême, qui a des visées sur la Lombardie et a besoin du soutien diplomatique français, accepte cet accord. Les clauses militaires du traité de Fontainebleau stipulent qu'en cas de guerre, le roi de Bohême se joindrait à l'armée du roi de France avec quatre cents hommes d'armes si le conflit se déroule en Champagne ou dans l'Amiénois ; avec trois cents hommes, si le théâtre des opérations est plus éloigné. Les clauses politiques prévoient que la Couronne lombarde ne serait pas contestée au roi de Bohême s'il parvient à la conquérir ; et que s'il peut disposer du royaume d'Arles, celui-ci reviendrait à la France. Par ailleurs, le traité entérine le statu quo concernant les avancées françaises en terre d'Empire. Le choix est laissé au roi de France entre les deux filles du roi de Bohême. Il choisi Bonne comme épouse pour son fils car elle est en âge de procréer (elle a 16 ans et sa sœur Anne 9). La dot est fixée à 120 000 florins.

Les clauses militaires du traité de Fontainebleau stipulent qu'en cas de guerre, le roi de Bohême devra se joindre à l'armée du roi de France avec quatre cents hommes d'armes si le conflit se déroule en Champagne ou dans l'Amiénois ; avec trois cents hommes, si le théâtre des opérations est plus éloigné. Les clauses politiques prévoient que la Couronne lombarde ne serait pas contestée au roi de Bohême s'il parvient à la conquérir ; et que s'il peut disposer du royaume d'Arles, celui-ci reviendrait à la France. Enfin la ville de Lucques est cédée au roi de France. Mais Robert d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence, ne peut qu’être hostile à ce projet soutenu par Jean XXII. Surtout que les villes italiennes, ayant depuis longtemps gouté à leur indépendance, il n'est plus possible dans les faits de leur imposer leur soumission à un royaume guelfe comme c'est le cas en Italie du sud. Guelfes et Gibelins s'allient et créent une ligue à Ferrare qui met à mal les forces de Jean de Luxembourg et de Bertrand du Pouget[18]. Brescia, Bergame, Modène et Pavie retombent à l'automne 1332 aux mains des Visconti. Jean de Luxembourg retourne en Bohème en 1333 et Bertrand du Pouget est chassé de Bologne par une insurrection en 1334[19].

[modifier] Le Dauphiné

Le comte Humbert II, ruiné du fait de son incapacité à lever l'impôt[20] et sans héritier après la mort de son fils unique, vend le Dauphiné[21], terre du Saint-Empire romain germanique. Ni le pape ni l'empereur ne se portant acquéreurs, l'affaire est conclue avec Philippe VI.

Selon l'accord, il doit revenir à un fils du futur roi Jean le Bon. C'est donc Charles V, en tant que fils aîné de ce dernier, qui devient le dauphin. Il n'a que onze ans, mais est immédiatement confronté à l'exercice du pouvoir.

Le contrôle du Dauphiné est précieux pour le royaume de France car il occupe la vallée du Rhône, un axe commercial majeur entre Méditerranée et nord de l'Europe depuis l'Antiquité, les mettant en contact direct avec Avignon, ville papale et centre diplomatique incontournable de l'Europe médiévale.

Philippe VI veut récupérer le duché de Guyenne, qui fait partie territorialement du royaume de France, mais qui est une possession du roi d'Angleterre. Édouard III revendique la couronne de France, ce qui déclenche la guerre de Cent Ans.

Le roi de France confisque alors la Guyenne et met en place une stratégie de blocus maritime pour faire plier Édouard III : l'Angleterre est très dépendante du commerce des vins du Sud de la France, des importations de sel de Bretagne et de Poitou et des exportations de laine vers les Flandres. Les Français et leurs mercenaires génois perdent la maîtrise maritime à la bataille de l'Écluse en 1340.


[modifier] La marche à la guerre

[modifier] Le conflit écossais

[modifier] Causes culturelles, démographiques, économiques et sociales du conflit

Alors que, sous l’effet des progrès des techniques agraires et des défrichements, la population s’accroît en Occident depuis le Xe siècle, on franchit un seuil qui dépasse les capacités de productions agricoles dans certaines zones d’Europe dès la fin du XIIIe siècle. Avec le jeu des partages successoraux les parcelles se réduisent : elles n’ont plus en 1310 que le tiers de leur superficie moyenne de 1240[22]. Certaines régions comme les Flandres sont en surpopulation et essayent de gagner des terres cultivables sur la mer, néanmoins pour couvrir leurs besoins, elles optent pour une économie de commerce permettant d’importer les denrées agricoles. En Angleterre, dès 1279, 46 % des paysans ne disposent que d’une superficie cultivable inférieure à 5 hectares. Or, pour nourrir une famille de 5 personnes, il faut de 4 à 5 hectares[22]. La population rurale s’appauvrit, le prix des produits agricoles baisse et les revenus fiscaux de la noblesse diminuent alors que la pression fiscale augmente et donc les tensions avec la population rurale. Beaucoup de paysans tentent donc leur chance comme saisonniers dans les villes pour des salaires très faibles engendrant aussi des tensions sociales en milieu urbain. Le refroidissement climatique[23] provoque de mauvaises récoltes qui se traduisent du fait de la pression démographique en famines (qui avaient disparu depuis le XIIe siècle) dans le nord de l’Europe en 1314, 1315 et 1316: Ypres perd 10 % de sa population et Bruges 5 % en 1316[22].

La noblesse doit compenser la diminution de ses revenus fonciers et la guerre en est un excellent moyen : par les rançons perçues après capture d’un adversaire, le pillage et l’augmentation des impôts justifiée par la guerre. C’est ainsi que la noblesse pousse à la guerre et particulièrement la noblesse anglaise dont les revenus fonciers sont les plus touchés[24]. Philippe VI a besoin de renflouer les caisses de l'état et une guerre permettrait de lever des impôts exceptionnels.

[modifier] Débuts de la guerre de cent ans

[modifier] Offensive en Aquitaine

Au début de la guerre de Cent Ans, constatant l'inefficacité de la campagne qu'il a confié à Raoul d'Eu, Philippe VI se tourne vers Jean de Bohème. En effet, le connétable de France, ayant commis l'erreur de diviser ses troupes pour tenter de prendre les forteresses gasconnes, se retrouve enlisé depuis le printemps 1338, dans des sièges interminables alors que les Anglais ont très peu d'hommes[25]. Jean de Bohème se voit adjoindre, Gaston Phébus (qui reçoit en échange quelques seigneuries) et deux mercenaires savoyards : Pierre de la Palu et Le Galois de la Baume[25]. Le roi alloue {{formatnum:45000]] livres par mois à cette force qui compte 12 000 hommes. Considérant qu'il va s'agir de prendre les forteresses gasconnes les unes après les autres sans espoir de les affamer, on recrute un corps de sapeurs-mineurs allemands et on équipe cette armée de quelques bombardes. Le succès est rapide : les places fortes de Penne, Castelgaillard, Puyguilhem, Blaye et Bourg sont prises[25]. L'objectif n'est pas loin d'être atteint quand l'armée met le siège devant Bordeaux en juillet 1339. Mais la ville résiste, une porte est prise, mais les assaillants sont repoussés avec difficulté. Le problème du ravitaillement de 12 000 hommes se révèle insoluble, les ressources locales sont épuisées. Des troupes sont prélevées pour aller combattre dans le nord. Le siège est levé le 19 juillet 1339[26].

[modifier] Chevauchée d'Édouard III en 1339

L'armée de Philippe ayant lancé son offensive victorieuse en Aquitaine, et étant sous la menace d'un débarquement français en Angleterre, Édouard III décide de porter la guerre en Flandre. Il s'est assuré l'alliance des villes flamandes qui ont besoin de la laine anglaise pour faire tourner leur économie, mais aussi de l'empereur et des princes de la région qui voient d'un mauvais œil les avancées françaises en terres d'empire. Ces alliance se sont faites sous la promesse de compensations financières de la part du roi d'Angleterre. Aussi quand il débarque le 22 juillet 1338, à Anvers, à la tête de 1 400 hommes d'armes et 3 000 archers, ses alliés s'empressent de lui demander d'acquitter ses dettes plutôt que de lui fournir les contingents prévus. Le roi d'Angleterre passe l'hiver en Brabant à négocier avec ses créanciers[27]. Pour neutraliser les troupes du roi de France arrivées à Amiens le 24 août, il lance des négociations que mênent l'archevêque de Canterbury et l'évêque de Durham. La manœuvre ayant réussie, le roi de France doit renvoyer sa considérable armée.

Mais ce statuquo, lequel va durer près d'une année, mécontente les contribuables des deux camps qui se saignent pour financer des armées qui se regardent en chiens de faïence[28]. Au cours de l'été 1339, c'est Édouard III qui lance l'offensive. Ayant reçu des renforts d'Angleterre, et ayant réussi à garantir ses dettes vis à vis de ses alliés, il marche avec eux sur Cambrai (ville d'empire mais dont l'évêque s'est rangé du coté de Philippe VI) fin septembre 1339. Cherchant à provoquer une bataille rangée avec les Français, il pille tout sur son passage, mais Philippe VI ne bouge pas. Le 9 octobre, commençant à épuiser les ressources locales, le roi d'Angleterre doit se décider à livrer bataille. Il oblique donc vers le sud ouest et traverse le Cambrésis en brûlant et tuant tout sur son passage : 55 villages du diocèse de Noyon sont rasés[29]. Pendant ce temps, Philippe VI a fait réunir son ost et arrive jusqu’à Buironfosse. Les deux armées marchent alors l'une vers l'autre et se rencontre une première fois près de Péronne. Édouard a 12 000 hommes et Philippe 25 000. Le roi d'Angleterre trouvant le terrain défavorable se retire. Philippe VI lui propose de se rencontrer le 21 ou 22 octobre en terrain découvert où leurs armées pourront y découdre selon les règles de chevalerie. Édouard III, l'attend près du village de La Capelle où il a établit son camp en terrain favorable, retranché derrière pieux et fossés, ses archers positionnés sur les ailes. Le roi de France, estimant qu'une charge de cavalerie serait suicidaire, se retranche aussi laissant l'honneur aux Anglais d'attaquer. Le 23 octobre 1339, faute que l'un des deux adversaires ne veuille prendre l'initiative, les deux armées rentrent chez elles. La chevalerie française qui comptait se financer sur les rançons demandées aux éventuels prisonniers faits au cours des combats, gronde et accuse Philippe VI de « renardie »[30].

[modifier] Enlisement du conflit

La conduite de la guerre de Philippe VI engendre de nombreux mécontentements. Faute de pouvoir lever suffisamment d’impôts pour soutenir l’effort de guerre autant que son administration et les pensions et exemptions de plus en plus importantes qu’il alloue aux seigneurs qu’il craint voir basculer dans le camps anglais, il a recourt à de fréquentes mutations monétaires qui génèrent de l’inflation. Pour ce faire il doit gérer les changements de teneur en métaux nobles de la monnaie dans la confidentialité. Il gouverne avec un conseil restreint constitué de parents proches ce qui mécontente les princes exclus de la sphère décisionnelle. Sa stratégie qui consiste à éviter les batailles rangées est décriée par la chevalerie qui espère beaucoup des rançons octroyées par d'éventuels prisonniers. Quant à Édouard III, qui est ruiné, il garde toutefois l’aura d’un roi chevalier qui travaille à obtenir le maximum de défections venant des vassaux gascons favorables au roi de France. Fin 1339, Inham, sénéchal de Bordeaux, réussit à tirer dans son camp Bernard-Aiz d’Albret qui entraîne avec lui de nombreux seigneurs. Édouard III le désigne comme lieutenant en Aquitaine. À la tête de troupes Gasconnes, il progresse vers l’est prenant Sainte-Bazeille sur la Garonne et assiége Condom. Son avancée culmine en septembre 1340, mais Pierre de la Palu, le sénéchal de Toulouse mêne alors une contre-offensive qui l’oblige à lever le siège. Dans la foulée toutes les villes sont reprises[31].

L’année 1340, n’est pas plus favorable à Edouard III sur le front écossais : la guerilla des partisans de David Bruce s’intensifie et des raids sont menés sur le Northumberland. William Douglass s’empare d’Edinburgh en et David Bruce rentre d’exil en Juin[32].

Edouard III, qui n’a négocié la trêve d’Espléchin que pour gagner du temps au moment l’évolution du conflit lui est défavorable (il n’a aucune confiance dans la médiation papale qu’il juge complètement profrançaise), reprends les hostilités et prends Bourg en Aout 1341 alors que la tension monte entre Philippe VI et avec Jacques II de Majorques qui refuse de lui prêter hommage pour la ville de Montpellier[33].

[modifier] Guerre de succession de Bretagne

Le 30 avril 1341, meurt le duc Jean III de Bretagne, sans descendance malgré trois mariages, avec Isabelle de Valois, Isabelle de Castille et Jeanne de Savoie, et sans avoir désigné son successeur. Les prétendants sont, d'une part Jeanne de Penthièvre, fille de son frère Guy de Penthièvre, mariée depuis 1337 à Charles de Blois, parent du roi, et, d'autre part, Jean de Montfort, comte de Montfort-l'Amaury, demi-frère du défunt duc, fils du second mariage d'Arthur II de Bretagne avec Yolande de Dreux, comtesse de Montfort-l'Amaury.

Les Nantais rendent hommage à Jean de Montfort

En mai 1341, sentant que le verdict serait en faveur de Charles de Blois, proche parent du roi, Jean de Montfort, poussé par sa femme Jeanne de Flandres prends les devants : Il s’installe à Nantes la capitale ducale et s’empare du trésor ducal à Limoges, ville dont Jean III avait été le vicomte. Il convoque les grands vassaux Bretons pour se faire reconnaître comme Duc, mais la majorité ne viennent pas (beaucoup d’entre eux ont aussi des possessions en France qu’ils risqueraient de voir confisquer s’ils s’opposaient au roi)[34].

Dans les mois qui suivent (juin-juillet), il effectue une grande chevauchée dans son duché pour s'assurer le contrôle des places fortes (Rennes, Malestroit, Vannes, Quimperlé, La Roche-Piriou, Quimper, Brest, Saint-Brieuc, Dinan et Mauron avant de rentrer à Nantes). Il parvient à prendre le contrôle d'une vingtaine de places[35].

Siège de Hennebont par Charles de Blois

Jean de Montfort, ayant pris possession de toutes les places fortes du duché au printemps 1341 et ayant donné l'hommage lige à Édouard III, il faut mettre effectivement Charles de Blois en possession du duché[35]. Philippe VI convoque donc une armée de 7000 hommes renforcée de mercenaires génois à Angers pour le 26 septembre 1341. Le duc de NormandieJean le Bon est mis à la tête de l’expédition, flanqué de Miles de Noyer, du Duc de Bourgogne et de Charles de Blois. L’armée quitte Angers début octobre 1341, bouscule Jean de Montfort à L’Humeau, puis assiège Nantes où il s’est réfugié. Il enlève la forteresse de Champtoceaux qui, sur la rive gauche de la Loire, verrouille l'accès de Nantes[36]. Edouard III qui vient de prolonger la trêve d’Espléchin ne peut intervenir. La ville capitule au bout d’une semaine, début novembre 1341[37]. Jean de Montfort se rend sur parole au fils du roi de France le 21 novembre et lui remet sa capitale. Jean de Montfort il reçoit un sauf-conduit pour se rendre à Paris pour plaider sa cause, mais il y est arrêté et incarcéré au Louvre en décembre 1341[38]. Privé de son chef et du soutien des grandes familles bretonnes, le parti monfortiste devait s'effondrer. Avec l'hiver le duc de Normandie achève la campagne sans avoir annihilé les derniers obstacles : pensant avoir réglé l'affaire en s'assurant de la personne de Jean de Montfort, il rentre à Paris. C'est compter sans Jeanne de Flandre, épouse de Jean de Montfort, qui ranime la flamme de la résistance et rallie ses partisans à Vannes. Elle se retranche à Hennebond, envoie son fils en Angleterre et conclue un traité d’alliance avec Edouard III en Janvier 1342[37]. Soucieux d'ouvrir un nouveau front susceptible d'alléger la pression française en Guyenne et de limiter le nombre de troupes qu'ils peuvent envoyer en soutien des Écossais, Édouard III se décide à répondre favorablement aux demandes d'assistance militaire de Jeanne de Flandre[39]. Le roi d’Angleterre n’a pas un sou pour payer une expédition: c’est donc le trésor ducal Breton qui va la financer. Il ne peut envoyer en avril 1342 que 34 hommes d’Armes et 200 archers. Entretemps les Français ont pris Rennes et assiègent Hennebont, Vannes et Auray qui résistent. Charles de Blois est contraint de lever le camp en juin 1342 devant l'arrivée de Wauthier de Masny et Robert d'Artois à la tête de troupes anglaises[40]. En juillet 1342, de forts renforts Français arrivent et Jeanne de Flandres doit fuir et se retrouve assiégée dans Brest[41]. Mais le 15 Aout, le gros des troupes anglaises arrivent enfin à Brest avec 260 bateaux et 1350 combattants. Charles de Blois se replie vers Morlaix et s’y retrouve assiégé par Robert d’Artois qui espère ouvrir aux Anglais un deuxième port au Nord de la Bretagne.Les Anglais tentent de prendre Rennes et Nantes, mais ils doivent se contenter de saccager Dinan et de mettre le siège devant Vannes[39]. Les Français, qui les attendaient à Calais, avaient retiré leurs forces du fait des succès de Charles de Blois. Le 30 septembre les forces de ce dernier subissent sérieuses pertes près de Lanmeur [41].

Une armée française aux ordres, une nouvelle fois, du duc de Normandie, est rassemblée pour faire face. Mais Jean de Montfort étant prisonnier et Jeanne de Flandre ayant sombré dans la folie, une trêve est signée le 19 janvier 1343[42]. De fait les Anglais occupent et administrent les places fortes encore fidèles à Jean de Montfort. Une importante garnison anglaise va occuper Brest. Vannes sera administrée par le Pape. Le conflit nullement réglé va se prolonger 22 ans et permettre aux Anglais de prendre durablement pied en Bretagne.

La trêve de Malestroit en Janvier 1343, conduit au renvoi de nombreux mercenaires, qui forment les premières compagnies. Elles agissent en Languedoc comme le Société de la Folie qui sévit dans les environs de Nîmes, ou les bandes anglaises ou bretonnes non soldées qui rançonnent les populations enfonçant le duché de Bretagne dans l’anarchie[43].

[modifier] Campagne de Henry de Lancastre en Aquitaine

Le tournant de la guerre se joue sur le plan financier. Mettant à profit la trêve de Malestroi, Edouard réussi à convaincre le parlement qu’il n’est pas possible de remporter cette guerre sans envoyer des forces considérables contre l’ennemi[44]. Il à déployé d’importants efforts de propagande convainquant la population de la menace que fait peser sur elle le roi de France[45]. Le parlement lui vote en juin 1344 un impôt sur 2 ans : de quoi réunir deux armées très bien équipées pour mener des campagnes décisives en Aquitaine et dans le nord de la France et de plus petits contigents pour peser sur la guerre de succession de Bretagne.

Début août 1345, le Henry de Lancastre débarque à Bordeaux avec 500 hommes d’armes, 1000 archers et 500 fantassins gallois. Il a le titre de lieutenant pour l’Aquitaine et toute liberté d’action. Son premier objectif : neutraliser Bergerac d’où partent régulièrement des raids dévastateurs. La ville est prise dès le mois d’Août. Il y fait des centaines de prisonniers qui sont mis à rançon. Renforcé de troupes Gasconnes et des troupes de Stafford (son armée compte 2000 hommes d’armes et 5000 archers et fantassins) il assiège Périgeux[46]. Jean le Bon chargé de la défense de l’Aquitaine envoie Louis de Poitiers avec 3000 hommes d’armes et 6000 fantassins secourir la ville. Mais à 15 Km de Périgeux il s’arrête pour assiéger le château d’Auberroche. Il y est surpris par Henri de Lancastre le 21 Octobre, l’armée française est défaite et les Anglais font une nouvelle fois de nombreux prisonniers[47]. Fort de ce succès, il prend plusieurs bastides, nettoyant de ses garnisons françaises l’espace compris entre la Dordogne et la Garonne, puis il met le siège devant la Réole. La ville est prise dès le 8 Novembre , mais la citadelle résiste : elle promet de se rendre si aucun secours n’arrive dans les 5 semaines[48]. Jean le Bon lui ne bouge pas, une grande partie de son armée a été défaite Auberroche et il en a licencié le reste. La Réole, mais aussi Langon et Sainte Bazeille font de même, en Janvier 1346. Cela à un effet catastrophique : devant l’inertie des Français, de nombreux seigneurs Gascons changent de camps, comme les puissantes falmilles Durfort et Duras , les communautés locales organisent leur propre défense et refusent donc de payer les impôts royaux[48]. De ce fait la souveraineté française sur l’aquitaine recule, laissant place à l’action de compagnies et aux guerres privées ce qui accentue le phénomène. D’autre part, Les prisonniers de Bergerac et de Auberroche rapportent près de 70 000 livres de rançon à Henri de Lancastre et ses lieutenants ne sont pas en reste : on prends conscience en Angleterre que la guerre en France peut être rentable ce qui suscite nombre de vocations[48]. Aiguillon chute début 1346, Philippe VI se décide enfin à agir : il doit trouver des finances pour monter une armée. Il obtient avec grande difficulté des finances des états de langue d’oil et de Languedoc, il emprunte aux banques italiennes de Paris et surtout il reçoit le soutien du pape qui l’autorise à prélever 10% des revenus ecclésiastiques du royaume et lui prête 33 000 florins[49]. Il recrute des mercenaires en Aragon, en Italie. Jean se retrouve à la tête de 15000 hommes dont 1400 Génois[49]. Il commence la Campagne d’Aquitaine en assiégeant Aiguillon le 1er Aout[49]. La place au confluent de la Garonne et du Lot est extrêmement bien fortifiée et tenue par une solide garnison de 600 archers et 300 hommes d’armes[45]. Jean fait le serment de ne pas quitter les lieux avant d’avoir pris la ville. Il emploi les grands moyens : réseaux de tranchées pour protéger l’approche et les arrières, construction de ponts sur la Garonne et le Lot pour bloquer le ravitaillement de la ville. Mais, le siège pietine et c’est bientôt ses propres forces qui se retrouvent affamées, d’autant que les assiégés ont fait main basse sur le ravitaillement des assiégeants au cours de sorties audacieuses[45]. Fin août 1346, il doit lever le siège : Edouard III a attaqué au Nord du royaume et Philippe VI a besoin de lui.

[modifier] Crécy

Les Anglais se faisant menaçants, Philippe pousse le roi David II d'Écosse à envahir l'Angleterre par le nord, théoriquement peu défendu étant donné qu'Édouard prépare au sud l'invasion de la France. David II est battu à Neville's Cross en octobre 1346.

Les deux armées se rencontrent à Crécy le 26 août 1346. Les Français sont plus nombreux, mais l’armée française, comptant sur sa chevalerie puissante, affronte une armée anglaise composée d’archers et de fantassins en cours de professionnalisation.

Confrontée à la baisse de ses revenus fonciers, la noblesse compte se renflouer avec les rançons demandées en échange des chevaliers adverses capturés.[24]. Elle est échaudée par les dérobades de Philippe VI qui conscient de la supériorité tactique anglaise conférée par l'arc long a préféré plusieurs fois renoncer au combat plutôt que de risquer une défaite. Le roi n'a plus le charisme et la crédibilité nécessaire pour tenir ses troupes. Dès lors, chacun veut atteindre le plus vite possible l’ennemi anglais afin de se tailler la part du lion ; personne n’obéit aux ordres du roi Philippe VI qui, emporté par le mouvement, est contraint de se lancer à corps perdu dans la bataille. Gênés dans leur progression par leurs propres piétons et les arbalétriers mercenaires génois mis en déroute par la pluie de flèches anglaises, les chevaliers français sont obligés d’en découdre avec leurs propres hommes. C’est un désastre du côté français où Philippe VI de Valois s’illustre par son incompétence militaire : les chevaliers français chargent par vagues successives le mont de Crécy, mais leurs montures (à l’époque non ou peu protégées) sont massacrées par les pluies de flèches décochées par les archers anglais abrités derrière des rangées de pieux. Peinant à se relever de leur chute, les chevaliers français, lourdement engoncés dans leurs armures, sont des proies faciles pour les fantassins qui n’ont plus qu’à les achever[50].

L’armée française anéantie, Édouard III remonte vers le nord et met le siège devant Calais. Avec une armée de secours, le roi de France essaie bien de lever le blocus de la ville, mais n’ose pas affronter Édouard III.

Statue des bourgeois de Calais par Rodin


C’est dans de dramatiques circonstances, au cours desquelles les célèbres bourgeois de Calais remettent les clés de leur ville aux assiégeants, que Calais passe sous domination anglaise, laquelle va durer jusqu’au XVIe siècle. Philippe VI négocie une trêve avec Édouard III, qui, en position de force, obtient la souveraineté pleine et entière sur Calais.

En 1347, après la chute de Calais, Philippe VI, âgé (53 ans) et discrédité, doit céder à la pression. C'est son fils Jean, le duc de Normandie qui prend les choses en main. Ses alliés (les Melun et les membres de la bourgeoise d'affaires qui viennent d'être victimes de la purge qui a suivi Crécy et qu'il fait réhabiliter) entrent au conseil du roi, à la chambre des comptes[51] et occupent des postes élevés dans l'administration. L'attraction politique de la France permet d'étendre le royaume vers l'est en dépit des défaites militaires. Ainsi, le comte Humbert II ruiné par son incapacité à lever l'impôt[52] et sans héritier après la mort de son fils unique, vend le Dauphiné[53] à Philippe VI. Jean prend part directement aux négociations et finalise l'accord.

[modifier] Fin de règne

[modifier] La grande Peste

[modifier] Achat de Montpellier

Royaume de Majorque

En 1331, Jacques III de Majorque âgé de 16 ans fait hommage à Philippe VI pour la ville de Montpellier, que sa famille tient d'un mariage[54]. Montpellier est située dans le royaume de France mais est une possession du roi de Majorque à l'instar de le Guyenne pour le roi d'Angleterre. Royaume de Majorque est lui même état vassal du royaume d'Aragon mais supporte mal le poids fiscal de cette vassalité qui a été imposée par la force. Montpellier, a elle même beaucoup d'indépendance etant à 3 jours de marche du reste des possessions continentales du roi de Majorque en Roussillon et est commercialement dépendante du Languedoc ('usage de monnaie espagnole rends moins avantageux les échanges pour elle). L'usage de monnaies françaises y est courant et ses intérêts commerciaux la pousse vers le royaume de France[55]. Suspicieux quand aux velléités d'indépendance de Jacques III de Majorque qui a rechigné à lui rendre hommage Pierre IV d'Aragon dit le Cérémonieux travaille à la réunion des deux couronnes.

En 1339, inquiété par les rumeurs de mariage d'un fils de Jaques III avec une fille d'Édouard III colportées par le roi d'Aragon qui travaille activement à isoler son vassal, Philippe VI somme le roi de Majorque de renouveler son hommage pour la ville de Montpellier. Jacques III lui répond qu'il doute de la légalité de cet hommage et s'en remet au pape[56]. Voyant que la France est mise en difficulté par l'Angleterre, Jacques III fait organiser des joutes à Montpellier ce qui est en contradiction avec l'ordre du roi de France qui les à interdites en temps de guerre: c'est une remise en cause clair de la souveraineté de Philippe VI sur Montpellier[57]. Pierre IV joue double jeu assurant à Jacques qu'il l'aiderait militairement en cas de conflit avec la France, poussant le roi de Majorque à s'affirmer de plus en plus enclin à une alliance avec le roi d'Angleterre, mais dans le même temps il au roi de France, son alliance[58]. Philippe Vi fait saisir la ville de Montpellier et les Vicomtés d' Omella et Carladis et charge Jean le Bon de monter une armée pour entrer en Roussillon. Mais Jacques III se rend compte qu'il a été joué par le roi d'Aragon et fait amende honorable. Philippe VI, a bien compris que les jeux sont fait il entérinne l'alliance avec Pierre le Cérémonieux et rend ses possessions française au roi de Majorque sachant pertinemment que celui ci ne pourra pas les conserver cerné par une si puissante alliance. En Pierre IV envahit les Balléares en 1343 et se rend maitre du Roussillon en 1344. Philippe VI soutient l'offensive Aragonaise en interdisant tout ravitaillement du roi de Majorque en Armes, vivres ou chevaux, le 5 septembre 1343[59]. Complètement isolé, Jacques III est contraint d'accepter la défaite. Son sort est scellé par les cortes à Barcelone, où il est décidé de lui laisser son fief de Montpellier. Mais il refuse et s’enfuit chez un de ses amis, le comte de Foix, avec une quarantaine de ses chevaliers. Il rencontre Philippe VI à Avignon et lui revend la ville de Montpellier et engage une partie de la Cerdagne et du Rousillon le 18 avril 1349 pour 120 000 écus d'or et put ainsi se reconstituer une armée et une flotte. Les accords stipulent qu'il conserve les droits sur sa ville jusqu'à sa mort. Celle ci survient le 25 Octobre 1349: Montpellier appartient désormais à la couronne de France[60], la Cerdagne et le Roussillon sont par contre contestés par le roi d'Aragon et restent espagnols.

[modifier] Duché de Bourgogne

Sa belle fille, Bonne de Luxembourg meurt de la peste en 1349 et Philippe VI réalise une nouvelle manoeuvre diplomatique qui accroît ses possessions vers l'est. Jean épouse en secondes noces, le 19 février 1350 à Nanterre, la comtesse Jeanne de Boulogne et d'Auvergne, fille de Guillaume d'Auvergne et de Marguerite d'Évreux, veuve âgée de 24 ans. Elle est héritière du duché de Bourgogne, qui, après son décès, serait rattaché à la couronne. Déjà comtesse de Boulogne et d'Auvergne, depuis la mort de son père, elle est à la tête du duché et du comté de Bourgogne ainsi que de l'Artois après la disparition de son mari, Philippe de Bourgogne, en 1346, et de son beau-père. En contrepartie de ces terres appartenant à son domaine, elle reçoit les seigneuries de Montargis, Lorris, Vitry-aux-Loges, Boiscommun, Châteauneuf-sur-Loire, Corbeil, Fontainebleau, Melun et Montreuil.[61].

La fin du règne de Philippe VI est marquée par les débuts de l'épidémie de peste noire, qui entraîne une longue trêve. Il signe en 1349 le traité de Romans, par lequel Humbert II du Viennois vend le Dauphiné à la France.

Funérailles Philippe VI

Il meurt dans la nuit du 22 au 23 août 1350 au château de Nogent-le-Roi selon certains historiens ou plus vraisemblablement à l'abbaye Notre-Dame de Coulombs selon d'autres[62].

Philippe laisse cependant un royaume durablement désorganisé, entré dans une phase de révoltes qui tournera à la guerre civile avec la Grande Jacquerie de l'année 1358.

[modifier] Héritiers

En juillet 1313, Philippe de Valois épouse en premières noces Jeanne de Bourgogne (v. 1293-1349), fille de Robert II (1248-1306), duc de Bourgogne (1272-1306) et roi titulaire de Thessalonique, et d'Agnès de France (1260-1325). De cette union sont issus huit enfants :

Devenu veuf de Jeanne de Bourgogne, décédée le 12 décembre 1349, le roi épouse en secondes noces à Brie-Comte-Robert, le 11 ou 29 janvier 1350 (selon les sources), Blanche de Navarre (v. 1333-1398), dite Blanche d'Évreux, fille de Philippe III (1301-1343), comte d'Évreux (1319-1343) et roi de Navarre à titre « consort », et de Jeanne II (1311-1349), reine de Navarre (1328-1349) et comtesse de Champagne. De cette union est issu un enfant posthume :

Article audio

[modifier] Citation

C'est lui qui prononça la phrase « Qui m'aime bien me suivra », plus connue sous la formulation « Qui m'aime me suive », utilisée à maintes reprises.

[modifier] Origine de la citation

Cette citation est largement inspirée des paroles de Jésus (dans la Bible):
Jean 10:14- Je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, [...]
Jean 10:27- Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent

Le verbe "connaître" dans la Bible a pour signification "aimer". [63] Ainsi ces phrases de Jésus sont souvent résumées par "Qui m'aime me suive".

[modifier] Notes

  1. Le surnom de « roi trouvé » lui fut donné peu après son couronnement lors de la bataille de Cassel du 23 août 1328 par les Flamands lesquels, avant la bataille, s'étaient moqué du roi de France en peignant un coq sur leur étendard avec cette inscription : Quand ce cocq icy chantera, le Roy trouvé cy entrera
  2. Antonin Roche Histoire de France 1867, p. 351
  3. Le lieu exact du décès de Philippe VI semble faire divergeance. Selon certaines sources, il serait mort à Coulombs dans l’abbaye Notre-Dame, selon d'autres il serait mort dans l'ancien château fort (aujourd'hui disparu) de Nogent-le-Roi
  4. ab Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 32
  5. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 29.
  6. Alix Ducret, Cent ans de malheur : les origines de la guerre de Cent Ans, Historia Nostra
  7. Jean Favier, La guerre de cent ans, Fayard, 1980, p. 33
  8. Comment le père au roi Édouard fut marié à la fille au beau roi Philippe de France. Chroniques de Jean Froissart, Livre I, partie I, chapitre 3 pages 5-6 Bibliothèque Nationale de France
  9. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .40.
  10. ab Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 23.
  11. abc Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 25.
  12. ab Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 26.
  13. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .41.
  14. Georges Minois, La guerre de Cent Ans, Perrin 2008, p .42.
  15. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 60
  16. ab Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p.13
  17. Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 448.
  18. Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 449.
  19. Jean Favier, Les papes d'Avignon, Fayard 2008, p. 450.
  20. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 72
  21. Françoise Autrand, Charles V, Fayard 1994, p. 70
  22. abc Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, pp. 222-223.
  23. Les constatations décrites par exemple par Scott A. Mandia,(en) The Little Ice Age in Europe [1], sont corroborées par des médiévistes ayant analysé les chroniques de l'époque tels Philippe Contamine, La guerre de cent ans, Que Sais-Je n° 1309, PUF 2002 ; mais pour d'autres auteurs le refroidissement cl