| Réincarnation du dalaï-lama | |
|---|---|
| Tenzin Gyatso | |
| Nom de naissance | Lhamo Dhondrub |
| Nom de réincarnation | Jetsun Jamphel Ngawang Lobsang Yeshe Tenzin Gyatso |
| Prédecesseur | Thubten Gyatso |
| Successeur | |
| Date de naissance | 6 juillet 1935 |
| Lieu de naissance | Taktser, Tibet, Amdo |
Tenzin Gyatso, le 14e dalaï-lama a été le chef spirituel et temporel du Tibet. Dix ans après l'invasion du Tibet par la Chine, il s'exila en Inde pour créer le gouvernement tibétain en exil qu'il dirige depuis 1959. Vivant actuellement à Dharamsala, Tenzin Gyatso, moine bouddhiste de l'école Gelugpa est considéré par beaucoup comme le plus haut chef spirituel du bouddhisme tibétain. Il a plaidé pour l'indépendance du Tibet jusqu'en 1973, puis pour l'autonomie réelle de l'ensemble du Tibet à l'intérieur de la Chine. Selon le Comité Nobel pour la Paix et d'autres, il a constamment œuvré à la résolution du conflit sino-tibétain par la non-violence.[1],[2],[3] À ce titre il a reçu le prix Nobel de la paix en 1989.[4] Il est souvent invité par des centres bouddhistes, des institutions ou des personnalités, il effectue de nombreux voyages à travers le monde pour enseigner le bouddhisme tibétain, et diffuser un message de paix et de non-violence. En mai 2008, le Time le classe premier sur sa liste des cent personnes les plus influentes au monde.[5]
Il naît dans une famille d'agriculteurs sous le nom de Lhamo Dhondrub le 6 juillet 1935, dans le village de Taktser dans le nord-est du Tibet, l'Amdo. À l'âge de deux ans, notamment grâce aux visions du régent Reting Rinpoché au lac de Lhamo-Latso, il est reconnu comme la réincarnation du 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso. Lhamo Dhondrub est élevé au statut de Dalaï Lama, et reçoit le nom bouddhiste de Jetsun Jamphel Ngawang Lobsang Yeshe Tenzin Gyatso (Saint Seigneur, Douce Gloire, Compassionné, Défenseur de la Foi, Océan de Sagesse). Les Tibétains se réfèrent habituellement au Dalaï Lama par Yeshe Norbu (Joyau Accompli), Kundun (la Présence), ou bien encore " Gyalwa Rinpoché".
Le dalaï-lama commence son éducation monastique à l'âge de six ans. En 1950, un an avant l'invasion du Tibet par l'armée populaire de libération, alors qu'il n'a que 15 ans, il est intronisé chef spirituel et temporel du Tibet suivant les conseils de l'Oracle d'État du Tibet.[6] À 23 ans, il passe son examen final au temple de Jokhang, à Lhassa au Tibet, durant le festival annuel du Monlam (la grande prière) en 1959. Il réussit avec mention et reçoit le Lharampa, le plus haut diplôme de Geshe (une maîtrise de philosophie et de pratique rituelle bouddhiste, selon les prérogatives propres à la tradition Gelugpa).
L'occupation du Tibet par l'armée populaire de libération de Mao Zedong en 1951[7] et le durcissement de la politique chinoise à l'égard du Tibet dans les années 1950, entraîna le soulèvement des populations tibétaines.[8] En 1955 les Tibétains du Kham se sont révoltés contre l'occupation chinoise.[9] La CIA s'interesse à la rebellion des Khampas et met en place l'opération Ganden.[10] À partir de 1958, avec le début de la politique du Grand bond en avant la pression s'accentue sur le Tibet de l'Est[11]. Les Tibétains de l'Amdo se sont alors aussi révoltés et se sont joint à la résistance tibétaine du Chushi Gangdruk.[12],[13] Les tensions ont culminé pour aboutir dans le soulèvement tibétain de 1959, suite à une tentative de la Chine d'arrêter le dalaï-lama.[14] Le 17 mars 1959, le Dalaï-Lama, dont la vie était menacée, décida de fuir le Tibet en traversant l'Himalaya pour rejoindre l'Inde, accompagné des membres de son gouvernement, où il arrive le 31 mars. La révolte fut durement réprimée par l'armée chinoise. Selon un rapport attribué à l'armée chinoise [15] , 87 000 révoltés auraient été « éliminés » dans la région de Lhassa, les militaires chinois s'attaquant particulièrement aux moines tibétains. Selon le gouvernement tibétain en exil, 87 000 Tibétains sont morts dans les événements entourant le soulèvement de 1959.[16] Selon le dalaï-lama, ce chiffre a été obtenu d'un document de l'armée chinoise, et ne concerne que les Tibétains qui ont été tués dans la région de Lhassa entre mars 1959 et septembre 1960.[17] Les gardes du corps du dalaï-lama restés à Lhassa ont été désarmés et exécutés en public, ainsi que les Tibétains qui ont été trouvés avoir des armes dans leurs maisons[16]. Des milliers de moines tibétains ont été exécutés ou arrêtés, et les monastères et les temples autour de la ville ont été pillés ou détruits[16]. Un exode tibétain s'est produit entre 1959 et 1960 et environ 80 000 Tibétains ont traversé l'Himalaya pour rejoindre le dalaï-lama exilé en Inde,[18] et fuir les violations des Droits de l'Homme liées à la politique chinoise au Tibet,[19].[20][21],[22],[23] Depuis 1959, le 14e dalaï-lama s'est réfugié en Inde et réside à Dharamsala. Plus de 100 000 de ses compatriotes l'ont rejoint dans l'exode tibétain de 1959, et il a fondé le gouvernement tibétain en exil cette même année.
En septembre 1959, le Dalaï Lama en appelle à l'ONU avec l'espoir que l'organisation prenne enfin une position claire face à la Chine. Grâce au soutien de l'Irlande, de la Malaisie et de la Thaïlande, la question du Tibet est enfin mise à l'ordre du jour. Le 21 octobre, l'Assemblée générale adopte une première résolution où elle se déclare gravement préoccupée et consciente de la nécessité de préserver les Droits de l'Homme au Tibet.
En 1960, après la publication du second rapport de la Commission internationale des juristes, le Dalaï Lama lance un second appel à l'ONU. Pour la deuxième fois, l'Assemblée générale vote une résolution constatant la violation des droits de l'Homme et des règles internationales et mettant la Chine en demeure de les respecter.
Le 18 décembre 1965, l'ONU vote une troisième résolution dénonçant la violation continuelle des droits fondamentaux des Tibétains. L'Inde, qui jusqu'alors s'était toujours abstenue sur la question tibétaine, l'a également votée. Mais le silence de la République populaire de Chine n'entraîna aucune mesure de coercition de la part des États membres de l'ONU.
Le 2 septembre 1960 le dalaï-lama annonça l'établissement d'une forme démocratique de gouvernement pour les Tibétains vivant en exil. C'est un système fondé sur l'union de valeurs spirituelles et laïques. Cette même année, une ébauche de la Constitution du Tibet fut écrite, et des représentants des trois provinces tibétaines et des écoles du bouddhisme tibétain ont été élus à l'Assemblée des Députés du peuple tibétain. En 1964, le peuple tibétain en exil a élu les membres de l'Assemblée pour la première fois. En 1990 les membres de l'Assemblée ont élu les ministres (Kalons) pour la première fois et en 1991, la Constitution pour un futur Tibet libre a été promulguée. Plus récemment, en 2001, pour la première fois, le Premier ministre, (Kalon Tripa) a été élu au suffrage universel. C'est le Professeur Samdhong Rinpoché qui a été choisi par la population tibétaine en exil[24], [25]
Selon Dominique Bari, journaliste à l'Humanité, la Constitution établie par le Gouvernement tibétain en exil lierait sphère religieuse et sphère politique, se terminant par une résolution spéciale, approuvée en 1991, qui proclame l'obligation politico-religieuse de « la foi » et de « l'allégeance » à l'égard de sa Sainteté le dalaï-lama, appelé à « rester avec nous à jamais comme notre chef suprême spirituel et temporel » [26]. Selon la thèse de Julien Clayet-Marel, doctorant à l’université Aix Marseille III, Groupe d’études et de recherches sur la justice constitutionnelle (GERJC), la Constitution tibétaine a pour but de permettre, par un processus lent et graduel, la responsabilisation des Tibétains pour la politique du Tibet, afin de créer une cohésion sociale et politique du peuple tibétain par des institutions démocratiques même en l’absence du Dalaï Lama.[27] De plus, le dalaï-lama est favorable à la séparation de l'église et de l’État, et n’occupera plus de fonction dans l’administration tibétaine à son retour au Tibet.[28]
Depuis l'ouverture de Deng Xiaoping qui déclara en 1979 qu'en dehors de l'indépendance tout était discutable, le Dalaï Lama demande non plus l'indépendance mais une autonomie réelle du Tibet au sein de la République populaire de Chine, en se basant sur la constitution chinoise.
En 1987, le dalaï-lama présenta son Plan de paix en cinq points pour le Tibet qui propose :
Le dalaï-lama a reçu de nombreux prix en relation avec ses activités spirituelles et politiques de l'ensemble du monde.[29],[30] Le 22 juin 2006, il est devenu l'une des quatre personnalités a avoir reçu la citoyenneté canadienne honoraire par le gouverneur général du Canada. Le 28 mai 2005, il a reçu le Christmas Humphreys, récompense de la Société bouddhiste du Royaume-Uni. Peut-être le plus remarquable fut le prix Nobel de la Paix, qui lui a été remis à Oslo le 10 décembre 1989 (voir ci-dessous). Voici quelques autres prix et honneurs qu'il a reçus :
Le 10 décembre 1989 le dalaï-lama a reçu le Prix Nobel de la paix,[37] le président du comité Nobel a dit que la récompense était « en partie un hommage à la mémoire du Mahatma Gandhi ». Le comité a reconnu ses efforts dans « la lutte pour la libération du Tibet et les efforts pour une résolution pacifique au lieu d'utiliser la violence ».[38] Dans son discours d'acceptation, il a critiqué la Chine pour l'utilisation de la force armée contre les manifestants étudiants pendant les manifestations de la place Tian'anmen de 1989. Il a déclaré cependant que leurs efforts n'étaient pas en vain. Son discours s'est focalisé sur l'importance de l'usage continu de la non-violence et son désir de maintenir un dialogue avec la Chine pour essayer de résoudre la situation.[39] Ainsi, en 1989, il reçoit le Prix Nobel de la paix, l'année du 30e anniversaire de son exil, début de sa résistance religieuse et politique. Cette reconnaissance marqua le début d’une prise de conscience internationale de l’urgence d’une solution pacifique pour le Tibet. L'attibution du Prix Nobel de la paix au Dalaï Lama a aussi constitué un important encouragement pour le peuple tibétain, comme en atteste le témoignage d'une des rares touristes présente à Lhassa[40] du fait que le Tibet qui avait connu des troubles en 1989 était alors sous la loi martiale décrétée le 7 mars 1989 par Hu Jintao.[41]
En 1973, il se rendit à l'université d'astronomie de Cambridge. Il montra un grand intérêt pour la science et rencontra Francisco Varela dix ans plus tard, à l'occasion de la conférence Alpbach Symposia on Consciousness . Suite à cette rencontre, et à celle entre Varela et R. Adam Engle, eut lieu une réunion à Dharamsala : la première d'une série d'échanges entre le dalaï-lama et des scientifiques sous l'égide du Mind and Life Institute, association à but non lucratif qui s'attache à explorer la relation de la science et du bouddhisme comme méthodologies dans la compréhension de la nature de réalité.
Suite à la 3e conférences Mind and Life, qui se tint en 1990, à Dharamsala, fut fondé le Mind and Life Institute.
L'attribution du prix Nobel de la Paix en 1989 « pour son combat non-violent pour parvenir à l'auto-détermination de son pays, le Tibet »[42] mené avec persévérance[43] par le 14e dalaï-lama a reçu un écho important en Occident depuis cette date. Depuis son exil en 1959, le gouvernement chinois le qualifie d'indépendantiste, et demande la reconnaissance de l'appartenance du Tibet à la Chine.[44] Pourtant, en 1973, il a abandonné l'idée de l'indépendance du Tibet, pour demander une autonomie réelle du Tibet historique (incluant le Ü-Tsang, l'Amdo et le Kham) au sein de la République populaire de Chine, en se basant sur la constitution chinoise[45]. Le dalaï-lama souhaite discuter du futur statut du Tibet historique, tandis que le gouvernement chinois exige la reconnaissance de l'appartenance du Tibet à la Chine, en préalable à toute négociation. Sur ce point, le dalaï-lama a officialisé depuis 1979 qu'il ne souhaite pas séparer le Tibet de la Chine, et cherche une autonomie réelle de l'ensemble du Tibet au sein de la République populaire de Chine.[46]
Si des discussions entre des émissaires du dalaï-lama, Lodi Gyari et Kelsang Gyaltsen, avec des représentants du gouvernement chinois ont débuté en 2002, aucune négociation directe entre le dalaï-lama, son gouvernement tibétain en exil et le gouvernement chinois n'a encore débuté[47].
Des Tibétains ont suggéré que le 17e Karmapa, Orgyen Trinley Dorje, qui s'est évadé du Tibet à la veille de l'an 2000, pourrait à l'avenir remplacer le dalaï-lama s'il prenait sa retraite en tant que chef du gouvernement tibétain en exil[48].
Le 12 août 2007, il a demandé à la Suisse d'organiser des entretiens entre les Tibétains et le gouvernement chinois.[49] Le Dalaï Lama a déclaré à plusieurs reprise, et notamment en mars 2008, que le temps viendra où le problème du Tibet sera résolu de façon pacifique.[50]
En 1997, deux films sont réalisés, racontant la vie du 14e Dalaï Lama :
En 2004, le film québécois Ce qu'il reste de nous, documentaire réalisé par François Prévost et Hugo Latulippe, montre le retour d'une jeune femme originaire du Tibet et réfugiée au Québec, qui se rend dans son pays d’origine avec les deux réalisateurs. Porteuse d’un message d’encouragement filmé du dalaï-lama à son peuple, ils rencontrent en secret des Tibétains qui visionnent le message.
Certaines stars américaines, notamment Richard Gere, Steven Seagal, Harrison Ford, Sharon Stone et les Beastie Boys, sont des amis personnels du dalaï-lama.
Voici le jugement et l'histoire officielle chinoise (version modérée) du XIVe dalaï-lama, telle que les présenterait une majorité des ressortissants de la RPC.
En mai 1951, le 14e dalaï-lama a formellement accepté, avec le gouvernement central et de la région du Tibet, l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet. Député du Tibet, il a participé à la première assemblée populaire nationale en 1954 et a été choisi comme chef du Tibet.
Pendant son voyage de trois mois en Inde en 1956, le 14e dalaï-lama s'est laissé entraîner par des éléments scissionnistes et dès 1957, il complote avec l'aristocratie pour organiser des rébellions. Exilé en 1959, le dalaï-lama s'est appuyé sur les forces anti-chinoises étrangères pour répandre des faux bruits. Partant de leurs propres besoins spirituels, les Occidentaux l'ont qualifié de « messager de la paix » et de « défenseur des droits de l'homme ».
Ce haut dirigeant du bouddhisme tibétain a abandonné le patriotisme traditionnel des dalaï-lamas, inventé de toutes pièces un « gouvernement en exil » pour scinder la patrie, trahissant à la fois la patrie et le peuple tibétain.
Depuis 1979, les dirigeants de la RPC ont toujours eu la même exigence à son égard : le dalaï-lama doit reconnaître que le Tibet fait partie intégrante de la Chine et renoncer à demander une autonomie qui ne seraient pour eux qu'une indépendance déguisée [51]. En novembre 2008, des représentants chinois ont déclaré : « À aucun moment ou en aucune circonstance nous ne ferons preuve de faiblesse, il n'est pas question d' 'indépendance' du Tibet, de 'semi-indépendance' ni d' 'indépendance déguisée' » [52]. D'autres représentants ont aussi affirmé que « la porte resterait toujours ouverte pour permettre au dalaï-lama de revenir à une position patriotique » [53].
Les religieux et les aristocrates tibétains étaient, pour la plupart, opposés au communisme, du fait notamment de l'athéisme officiel du régime et de la collectivisation des terres entraînant la disparition du pouvoir des monastères et de l'aristocratie tibétaine, mais aussi des famines[54], d'où les révoltes qui commencèrent en 1957.
Une autre notion à prendre en considération : le PCC, en tant que parti unique, s'assimile à l'État chinois, à la Chine. Il en découle que toute organisation non intégrée à lui est anti-chinoise, d'où le terme récurrent de « forces anti-chinoises étrangères ».
L'accord en 17 points est un document signé par les représentants du 14e dalaï-lama et ceux de la République populaire de Chine le 23 mai 1951 à Pékin. Cependant, cet accord fut dénoncé par le dalaï-lama et son gouvernement, car selon eux il fut signé par les Tibétains sous la contrainte.[55] A son arrivée en exil en Inde, le 14e Dalaï-Lama fit une déclaration de presse, le 18 avril 1959, où il affirmait que l'accord en 17 points avait été signé sous la pression du gouvernement chinois.
Il faut cependant noter que l’Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet de 1951 fut le premier document dans l'histoire tibétaine à décréter la souveraineté chinoise sur le Tibet, même s’il reconnaissait le droit au gouvernement du Dalaï Lama de continuer à administrer le Tibet. [56]
Au début, le Dalaï Lama était personnellement en faveur des réformes qui furent proposées par Mao Zedong pour moderniser le Tibet et était d'avis d'essayer d'atteindre un compromis opérationnel avec les Chinois. Il s’agissait notamment d’une campagne de « transformation socialiste de l'agriculture ».
Cependant, la manière avec laquelle la réforme fut appliquée, et en particulier son imposition par la force, entraînèrent une révolte de la population tibétaine. Vers 1955-56, la situation à l'intérieur du Tibet commença à se détériorer rapidement. Au sein du gouvernement chinois, les partisans de la ligne dure poussaient pour commencer à appliquer « la transformation socialiste » au Tibet. Dans le Kham, les Tibétains commencèrent à se rebeller[57]. En effet, fin 1955, Li Jingquan, le Secrétaire du Parti au Sichuan, commença les réformes dans les secteurs tibétains du Sichuan, le Kham. Le résultat de cette campagne fut désastreux pour le Tibet puisqu’il aboutit à une révolte majeure dans la région du Kham (Est du Tibet). Des réfugiés tibétains affluèrent au Tibet central et cette révolte déborda finalement sur le Tibet politique et fut un facteur majeur précipitant le soulèvement à Lhassa de 1959.
Mao fit une dernière tentative pour sauver sa politique gradualiste en 1957 quand il réduisit le nombre de cadres Han et de troupes au Tibet et écrivit au dalaï-lama lui promettant que Chine n'appliquerait pas les réformes socialistes sur les terres au Tibet pendant les six prochaines années. De plus, à la fin de cette période, Mao déclara qu'il remettrait encore les réformes à plus tard si les conditions n'étaient pas mûres.
Cependant l'agitation au Tibet s’amplifia et, en mars 1959, un soulèvement important eut lieu à Lhassa. Le dalaï-lama dut quitter le Tibet pour l'exil en Inde. Le dalaï-lama dénonça l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet et chercha un soutien international pour résoudre le conflit au Tibet. La question du Tibet apparut alors comme un problème international.[58]
Le Dalaï Lama est réfugié en Inde depuis 1959 et sera notamment reçu par Nehru et George Fernandes. Il a rencontré de nombreuses personnalités politiques depuis, comme par exemple en 2001 Lee Teng-hui à Taiwan. [59]
En 2004, 2005 et 2008, le dalaï-lama a fait partie du Time 100, classement des 100 personnes les plus influentes au monde établi par le magazine Time.
En 2005, il a notamment rencontré Barack Obama.[60] En 2007 et 2008, le dalaï-lama a été reçu à titre officiel ou à titre privé par des dirigeants ou des personnalités de plusieurs pays « occidentaux » : Australie, Autriche, Portugal, Allemagne, États-Unis, Canada, Grande-Bretagne. Mais dans d'autres pays (Italie, France), le séjour du dalaï-lama n'a donné lieu à aucune rencontre officielle, bien qu'il se soit entretenu avec Ségolène Royal[61]. Le 15 juin 2007, le premier ministre australien John Howard reçoit le Dalai Lama[62], la Chine émet, comme elle le fait systématiquement, des objections de circonstance.[63]
Malgré le mécontentement du gouvernement chinois, le Dalaï Lama sera reçu par 4 autres dirigeants occidentaux. Ainsi, le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer le reçoit en septembre 2007 à la Chancellerie[64]. Dans le cadre d'un voyage en Europe, le Dalaï Lama a visité récemment l'Espagne où il a donné une conférence le 10 septembre 2007 devant environ 10 000 personnes. [65], [66] Le 12 septembre 2007, il a inauguré une nouvelle Fondation de la Maison du Tibet à Barcelone.[67] Le 13 septembre, il a donné une conférence au Portugal.[68] Il a notamment rencontré Jaime Gama, Président du Parlement du Portugal.[69]. Il rencontrera aussi l'ancien président Jorge Sampaio en sa qualité de Haut représentant de l'ONU pour l'alliance des civilisations. Il l'avait déjà reçu en 2001, alors qu'il était Président du Portugal. [70] Le 23 septembre 2007, le dalaï-lama a rencontré au cours d'une réunion privée sans précédent la chancelière fédérale de l'Allemagne, Angela Merkel à la chancellerie à Berlin[71].
Le 16 octobre, le dalaï-lama a rencontré le président des États-Unis, George W. Bush à la Maison Blanche à Washington, DC[72]. Le 17 octobre, au Congrès des États-Unis, George W. Bush a assisté à la remise de la Médaille d'or au Dalaï Lama, c'est-à-dire la plus haute distinction civile qui puisse être accordée par les États-Unis[73]. Selon Lodi Gyari, c'est « un geste du Congrès pour envoyer un puissant message aux Chinois »[74]. Il a ajouté « nous ne parlons pas d'indépendance, mais de liberté complète des Tibétains en matière de religion et de culture"[75]. En exil en Inde, le 17e Karmapa, Orgyen Trinley Dorje a déclaré qu'il se réjouissait de ce « jour historique avec le plus grand plaisir »[76]. Au Tibet, les moines des monastères de Drepung et de Nechung ont voulu célébrer l'événement. Ils se sont heurtés à 3000 policiers chinois de l'armée du peuple pendant 4 jours, et de nombreux moines ont été bléssés et arrêtés[77],[78].
Le 29 octobre 2007, Stephen Harper, premier ministre du Canada, a rencontré le dalaï-lama qui est citoyen honoraire du Canada depuis le 9 septembre 2006[79],[80]. C’est le 4e dirigeant d’un pays occidental qu’il rencontre ces derniers mois[81]. La visite a, selon la presse canadienne, un fort caractère politique[82]. Cependant, selon le dalaï-lama, qui donnera une conférence sur la "citoyenneté mondiale", sa visite ne revêt pas de caractère politique mais portera sur la promotion des valeurs humaines[83].
Le 13 décembre 2007, le pape Benoît XVI devait recevoir au Vatican le dalaï-lama[84]. Cependant, suite à une pression du gouvernement chinois, le Vatican a déclaré que le pape n'envisageait pas de rencontrer le dalaï-lama à cette date [85], soulevant une critique.[86] Le Dalaï Lama a déclaré qu'il était désolé de ne pas voir le Pape pendant sa visite de 10 jours en Italie[87]. Lors de sa visite en Italie, le Dalaï Lama a déclaré que la Chine accroît sa pression au Tibet, et il a appelé la communauté internationale à l'aide. [88]
Le 14e Dalaï Lama donne des enseignements sur les qualités de management et de direction à l'Indian Institute of Management Ahmedabad en janvier 2008[89],[90].
Dans une interview récente, le Dalaï Lama aborde les questions de la féodalité dans l'histoire du Tibet et de la Chine, les tentatives de discussions avec le gouvernement chinois, le choix de son successeur, l'importance de la laïcité pour le monde, etc.[91]
En 2008, à l'occasion de la commémoration du soulèvement du peuple tibétain du 10 mars 1959, le Dalaï Lama a fermement dénoncé qu'au Tibet administré par la Chine " la répression continue à s’exercer avec des violations nombreuses, inimaginables et flagrantes des droits de l’homme, le déni de la liberté religieuse et la politisation des questions religieuses".[92]
Il a été reçu le 23 mai 2008 par le premier ministre de Grande-Bretagne Gordon Brown.[33],[93]
Il a été reçu le 13 juin 2008 par le premier ministre australien par interim, Chris Evans. [94]
Dans une lettre adressée le 24 juillet 2008, Barack Obama regrette de n’avoir pu rencontrer le dalaï-lama du fait de ses voyages, et lui réaffirme son soutien en ce moment critique, espérant que sa lettre et la rencontre avec le sénateur John McCain[95] démontreront que l'attention et le soutien américain au peuple tibétain transcendent les divisions politiques[96].
Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne aux Relations extérieures, est favorable à une rencontre entre le président de la France, Nicolas Sarkozy et le dalaï lama. [97]
Lors d'une visite au Japon en Octobre 2008, le Dalai Lama a déclaré : "Les Tibétains sont condamnés à mort. Cette ancienne nation et son héritage culturel sont en train de mourir. Aujourd'hui, la situation est presque similaire à une occupation militaire de tout le territoire tibétain. C'est comme si nous étions sous la loi martiale. La peur, la terreur et les campagnes de rééducation politique causent beaucoup de souffrances."[98]
Le 13 novembre, Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il rencontrera le 14e Dalaï Lama en Pologne où ils sont tous deux invités pour fêter le 25e anniversaire du prix Nobel de la Paix à Lech Walesa.[99]
Le Dalai Lama a visité la France du 12 au 24 août 2008[100],[101] principalement pour des enseignements bouddhiques à l’Institut Ganden Ling (Veneux-les-Sablons), la pagode d’Évry, [102], Vajradhara-Ling (Normandie), [103] Pel Drukpay Tcheutsok (Plouray)[104], Nantes,[105] et Lerab Ling (Lodève).[106]
Le Dalaï Lama a aussi été reçu au Sénat où il a exprimé sa préoccupation sur la situation des droits de l'Homme au Tibet,[107] et sur le risque de disparition de la civilisation tibétaine.[108] A Nantes, il a rencontré le dissident chinois Wei Jingsheng,[109] la leader socialiste Ségolène Royal qui a proposé de se rendre au Tibet[110],[61] et le maire de la ville, Jean-Marc Ayrault qui a déclaré que la France et l'Europe devraient "exiger la fin immédiate de la répression et la libération des Tibétains enfermés dans des camps."[111]. A l'issu de l'inauguration du temple de Lerab Ling le 22 août 2008, il s'est entretenu à huis clos avec Carla Bruni-Sarkozy et le chef de la diplomatie Bernard Kouchner et Rama Yade.[112],[113],[114] Le Dalai Lama a déclaré qu'il souhaitait qu'après les Jeux Olympiques, Nicolas Sarkozy fasse des propositions en tant que président de l'Union européenne[115] au gouvernement chinois pour le Tibet.[116]
Une série de 3 interviews réalisées à l'occasion de la visite en France du Dalaï Lama est diffusée par l'émission "Sagesses bouddhistes" sur France 2 entre septembre et octobre 2008.[117]
Début septembre, le Dalaï Lama a appelé le Parlement tibétain en exil et le Kashag (le Cabinet ministériel) à organiser une réunion urgente sur le Tibet, comme l’autorise l'article 59 de la Constitution du Tibet. Le premier ministre tibétain, le Prof. Samdhong Rinpoché, à qui l’on demandait si la réunion pouvait influer sur la demande actuelle d'autonomie réelle du Tibet, a dit qu'il ne le pense pas : « Nous sommes engagé dans notre approche de la voie médiane et nous continuerons nos efforts pour une autonomie authentique dans le cadre de la Chine, et cela ne changera pas. Mais cette réunion sera sûrement une bonne plateforme de discussion pour l’expression des diverses opinions de la communauté tibétaine ». [118],[119]
Dordjé Shougdèn, une déité du bouddhisme tibétain, ferait l'objet d'un culte de la part de 4 millions d'adeptes dans le monde selon France24[120]. Selon TibetInfoNet, ils ne représentent qu'une minorité parmi les Tibétains au Tibet[121]. Certains experts avancent le chiffre de 100 000 adeptes[122].
Selon un reportage diffusé le 8 août 2008 par France24 [120], la condamnation de ce culte ferait peser une menace de scission dans la communauté tibétaine bouddhiste en exil.
Le 7 janvier 2008, le dalaï-lama a condamné ce culte lors d'un discours prononcé dans le sud de l'Inde, dans les termes suivants traduits du tibétain par la chaîne de télévision française France24 : « Je n’ai pas écarté les Shougdèns pour mon propre intérêt, j’ai mûrement médité et réfléchi dans mon âme et mon esprit et j'ai compris que c'était la bonne décision. Au nom de cette déité, des gens ont tué, ont menti, se sont battus, ont mis le feu. Il faut expulser ces moines sans hésitations de tous les monastères. S'ils ne sont pas contents, vous pouvez leur dire que le dalaï-lama lui-même a demandé de le faire, et que c'est très urgent ». Selon une autre traduction diffusée par Envoyé spécial, le Dalaï Lama aurait en fait déclaré : "A cause de cette déité, certains sont devenus violents. C’est intolérable, je ne veux plus de désordre dans les monastères et a ceux qui ne sont pas content, dites leur que le Dalaï Lama approuve les expulsions ordonnés par les abbés dans les temples."[123] Dans ce même reportage, il précise : "Je n’ai jamais donné d’ordre pour écarter les adeptes de Shugden. Rien n‘est venu d’en haut. Ceux sont les abbés qui décident de ses expulsions."
Selon France24[120], les adeptes du culte de Dorjé Shugden se retrouvent ostracisés par la communauté tibétaine émigrée : commerces, hôpitaux, lieux de culte leur sont interdits, les moines pratiquant ce culte sont chassés des monastères, les portraits de leurs chefs sont placardés sur les murs. Le dilemme est simple : soit renoncer au culte, soit s'exiler.
Pour les reporters de France24, plus qu'une divergence spirituelle, c'est un enjeu politique : les adeptes de Shougdèn sont ouvertement accusés par des proches du dalaï-lama de soutien à la Chine et de trahir la cause tibétaine.[120]
Un dirigeant shougdéniste vient de déposer plainte contre le dalaï-lama devant la haute Cour de Justice indienne pour persécution [124]. Les déplacements du Dalaï Lama sont l'occasion de manifestations organisées par des bouddhistes adeptes de Dordjé Shougdèn protestant contre l'interdiction de leur culte dans les communautés tibétaines.[réf. nécessaire]
Selon l'agence Reuters, la 12e Samding Dorje Phagmo, qui est considérée comme le seul tulku femme au Tibet, et qui est également vice-présidente du Comité permanent du Parlement régional de la Région autonome du Tibet, a déclaré à l'agence Chine nouvelle fin avril à propos des émeutes de Lhassa en mars 2008 qui ont éclaté alors qu'elle se trouvait à Pékin, que « les péchés du dalaï-lama et de ses partisans viol(ai)ent gravement les enseignements et préceptes fondamentaux du Bouddhisme et nuis(ai)ent gravement à l'ordre normal et à la bonne réputation du Bouddhisme tibétain traditionnel ». La supérieure du monastère de Samding, qui était partie en exil en 1959 puis est revenue en Chine[125], a déclaré à l'agence Chine nouvelle que « l'ancien Tibet était arriéré et cruel, la vie des serfs y était pire que celle des chevaux et du bétail ».[126].
Au Tibet, les religieux sont cependant systèmatiquement obligés par les autorités de dénoncer le Dalaï Lama.[127]
Selon des documents officiels américains déclassifiés[128], en 1964 la CIA poursuit son soutien actif aux mouvements tibétains, en particulier « l'entourage du dalaï-lama », la guérilla tibétaine et l'organisation d'opérations de renseignement à l'intérieur du Tibet, notamment par l'envoi de 20 agents secrets, au travers d'un programme destiné à entretenir le concept d'un Tibet autonome. La CIA aurait soutenu la création de plusieurs "Tibet Houses" destinées à servir de représentation non officielle pour le dalaï-lama et à maintenir le concept d'une identité politique tibétaine, celle de New York avait pour projet permettre de travailler en étroite collaboration avec les délégations de différents pays soutenant les Tibétains aux Nations Unies.
En 1964, ce programme de 1 735 000 dollars prévoyait notamment :
Cependant, le dalaï-lama déclare ne jamais avoir reçu de subvention de la CIA, et se démarque des opérations de la CIA et de la guérilla tibétaine. Ainsi, dans ses mémoires il écrit : « Quoique j'eusse toujours admiré la détermination de ces guérilleros, leurs activités n'avaient jamais eu mon appui... »[129].
Un Plan de paix en cinq points pour le Tibet a été proposé par le Dalaï Lama, il y a plus de 20 ans, le 21 septembre 1987 à Washington.
Plus récemment, à Melbourne en Australie, le Dalaï Lama a déclaré que la culture tibétaine pourrait « finir » en quinze ans si la Chine n'accorde pas au Tibet une autonomie réelle. « Notre approche ne cherche pas l'indépendance. Nous recherchons une véritable autonomie pour préserver la culture tibétaine, la langue tibétaine et l'environnement tibétain. » Le Dalaï Lama a aussi déclaré que de nombreux Tibétains développaient une frustration du fait de l'absence de progrès dans les discussions avec la Chine. « Si la situation actuelle reste la même, alors je pense que dans 15 ans c'est fini pour le Tibet » a-t-il déclaré[130].